Des railleries et des pierres accueillent ces soldats étrangers; ils ripostent à coup de fusil et le prince de Lambesc, un Autrichien, parent de la reine, charge la foule à la tête d'un corps de Suisses et du Royal-Allemand. Un vieillard M. Chauvet, instituteur, est tué par le prince lui-même, puis, un des gardes françaises qui se sont mêlés au peuple est sabré par un dragon allemand: Vengeance! vengeance! Ce cri est poussé de toutes parts.
C'est alors que paraît la proclamation du nouveau ministère: (maréchal de Broglie, de la Galicière, Foulon et Laporte).
À cette nouvelle; la colère des Parisiens ne connaît plus de bornes; c'est le pacte de famine renouvelé et la banqueroute à courte échéance.
La population entière se soulève. On sonne le tocsin, le tambour bat dans chaque rue, les boutiques d'armuriers, jusque-là respectées, sont forcées et, à 11 heures du soir, le peuple à peine armé, aidé de gardes françaises, défait les troupes royales massées sur la place Louis XV et les force à se retirer à Versailles.
La Bastille seule est encore occupée militairement.
En quelques heures 48,000 citoyens sont devenus soldats. On forge des armes à la hâte, car on prévoit un retour offensif des troupes ennemies. Au milieu de cette bagarre, les électeurs de Paris se rendent à l'Hôtel de Ville et s'y établissent en comité permanent, sous la présidence de M. de Flesselles, prévôt des marchands, pour organiser la milice et donner des chefs à la Révolution.
Pendant ce temps, le peuple agit: il arrête et transporte à l'Hôtel de Ville, d'abord un convoi de farines destiné aux troupes royales, puis le chargement d'un bateau rempli de barils de poudre enlevés à l'arsenal pour les conduire à Rouen. Mais les armes manquent et Flesselles s'efforce de dérouter ceux qui lui en demandent en leur indiquant des dépôts qui n'existent plus. Chaque échec augmente la colère du peuple qui pressent une nouvelle trahison[26].
Depuis l'affaire de la maison Réveillon, le peuple surveillait la Bastille. Il avait vu le gouverneur réparer ses ponts-levis, pratiquer de nouvelles meurtrières et mettre ses canons en batterie.
Là encore la perspicacité des Parisiens n'a pas été mise en défaut, car le dernier registre d'écrou de la Bastille (1782-1789) nous apprend que:
Le 29 juin.—M. de Crosne est venu avec un conseiller au Parlement, voir le château; conduits par M. le gouverneur, ils sont montés sur les tours.