«Après l'expédition, les troupes occuperont les barrières et s'y retrancheront avec de l'artillerie. Toute communication sera interceptée avec la province.»

Pour prévenir ce nouveau coup d'État, le peuple résolut d'en finir au plus vite.

II

JOURNÉE DU 14 JUILLET

e 14 au matin chaque citoyen est prêt à combattre. Et, tandis que ceux qui connaissent les choses de la guerre n'osent encore rêver une attaque, bien moins une victoire, le peuple, lui, à la foi! À la Bastille! À la Bastille! Ce cri est mille fois répété. Ce cri, c'était la sagesse; la Bastille: n'était-elle pas le dernier retranchement de la tyrannie?

Mais, pendant qu'une partie des citoyens se précipite rue Saint-Antoine, d'autres courent aux Invalides. Ils ont compris qu'il faudra du canon!—Après une sommation menaçante, accompagnée d'un commencement d'escalade, le gouverneur M. de Sombreuil, voyant qu'il ne peut compter sur ses invalides, ouvre ses portes aux assaillants. Ceux-ci pénètrent partout et découvrent, dans les caves du dôme, 28,000 fusils qu'on y avait cachés. Ils emmènent aussi 20 canons.

Au cri: à la Bastille! les habitants de la rue et du faubourg Saint-Antoine se sont précipités les premiers en tête de la colonne qui accompagne trois délégués du Comité permanent de l'Hôtel de Ville: les citoyens Bellon, officier de l'arquebuse[30], Bellefond sergent-major d'artillerie et Chatou, ancien sergent aux gardes françaises.—Ces délégués ont mission de voir le gouverneur M. de Launay pour connaître ses intentions et l'engager à retirer ses canons braqués sur la ville.

On s'approche de la forteresse dont la porte, rue Saint-Antoine[31] est gardée par trois invalides; derrière, tous les pont-levis sont fermés, on pénètre cependant dans la cour du Passage.