Enfin un Serbe me disait qu'à Prilip, ancienne résidence de Marko, en Albanie, le peuple est persuadé que le jour de la Saint George, (27 avril-5 mai), fête de son patron de famille, les portes d'une certaine église se ferment d'elles-mêmes, et que Marko y entre, monté sur Charatz, et y célèbre, en buvant, la fête de son patron de famille, ou slava.
Dans la biographie d'un tel héros, il serait injuste de passer sous silence son cheval Charatz, ce qui veut dire tacheté, pie—comme on le verra, ne le cède pas beaucoup à son maître en courage, en goût pour le vin, et même en intelligence; il est doué de la parole, comme les chevaux d'Achille, et d'autres coursiers épiques. Voici ce que le peuple raconte touchant son origine: suivant les uns une Vila lui en aurait fait présent; d'autres rapportent qu'il l'acheta à des kiridjias, ou muletiers. Avant de l'avoir, il avait, dit-on, changé plusieurs fois de cheval, aucun ne pouvant le porter, lorsqu'un jour, ayant vu à des muletiers un poulain pie, atteint de la lèpre, il crut trouver en lui des signes de race, et l'ayant saisi par la queue, le tira à lui, ainsi qu'il l'avait fait pour essayer ses autres montures; mais Charatz ne bougea point de la place. Alors Marko satisfait l'acheta, le guérit de la lèpre et lui apprit à boire du vin.
NOTE
[Note a: Il s'agit de divers documents publiés par la société de littérature serbe, de Belgrade, dans ses Mémoires (Glas nik serbské Slovésnosti), et qui consistent:
1° Dans le fac-similé d'une monnaie d'argent, portant cette inscription: u hrista boga blagoverni Kral Marko, «le roi Marko dévot à Dieu le Christ» (tome VII, p. 217 1855). 2° Une inscription de l'église du monastère de Zerza, en Albanie, où il est fait mention de Marko, comme d'un des rois serbes. Voici un passage de cette inscription: préyé gospodstva séyé zemlié (sou primili) blagoverni Kral Velkachin i sin iégo Kral Marko, «auparavant la souveraineté de cette terre a appartenu au pieux roi Velikachine (Voukachine), et à son fils le roi Marko.» (Glasnik, tome VI, p. 186) 3° Une peinture qui se trouve dans l'église de l'archange saint Michel à Prilip, connue parmi le peuple sous le nom d'église de Marko Kralievitch, et où l'on voit la figure de Marko accompagnée de l'inscription précitée, et placée à côté de la figure de son père, le roi Voukachine. Marko y est représenté, vêtu du manteau impérial, avec la couronne et le sceptre, il est jeune et porte une barbe noire (Glasnik, ibid.) 4° Enfin une ancienne chronique rédigée par un moine du couvent de Tronochki, et qui sous le nom de rodosloviyé serbskoyé, ou généalogie serbe, renferme une histoire abrégée des rois, tzars et despotes serbes. (Glasnik, tome V.) Des paroles de cet annaliste, comparées avec les monuments figurés, M. Chafarik, professeur d'histoire à Belgrade, conclut: «qu'après la mort de Voukachine, Marko fut reconnu roi dans les contrées soumises à celui-ci, et qu'il y régna pendant plusieurs années, c'est-à-dire tant que le knèze Lazare n'eut pas achevé de réduire sous son obéissance tous les autres knèzes serbes, ce qui eut lieu entre 1371 et 1374, que Lazare ayant été sacré, à Prizren, roi de Dacie par l'archevêque Ephrem en 1377, ce fut en 1378, ou peut-être plus tard, c'est-à-dire après cinq ou six ans de règne au moins, que Marko Kralievitch, vaincu par lui et dépossédé, dut se réfugier auprès de Murad et lui demander protection.
«C'est après cette époque, continue-t-il, que se place sa vie aventureuse au service des Turcs, que, suivant le chroniqueur de Tronochki, il excita à faire la guerre aux Serbes…, et qu'il guida avec son frère André, vers le champ de bataille de Koçovo. Là ils rentrèrent en possession de leurs domaines, et les gardèrent en qualité de vassaux des Turcs, peut-être jusqu'à leur mort, car on sait que Marko périt, en 1394, dans une grande bataille livrée au voïvode valaque Mirtcha par Bajazet, qu'il avait accompagné à la tête de ses troupes serbes.» (Glasnik, tome VII.)
Comme il s'agit d'un fait historique peu connu, et que les documents originaux sont accessibles à peu de personnes, j'ai cru devoir m'étendre sur ce sujet.]