Voici comment sa naissance est racontée dans un chant[A] qui renferme quelques détails mythologiques.

[Note A: Tome II de la deuxième édition, n° 25.]

Le roi Voukachine, qui résidait à Skadar (Scutari d'Albanie), provoque la femme d'un voïvode de l'Hertzégovine, Moutchilo, à empoisonner son mari, pour l'épouser, lui, ensuite. L'empoisonnement étant trop difficile, elle imagine une suite de ruses, à l'aide desquelles Voukachine finit par tuer Moutchilo qui, en expirant, lui recommande d'épouser, non pas sa femme, laquelle le trahirait encore pour un autre, mais sa sœur Euphrosine, qui a cherché à sauver la vie à son frère. Voukachine suit ce conseil, après avoir fait traîner la veuve à la queue des chevaux.

«Elle lui engendra (dit le poëte) une belle lignée, Marko et André, et
Marko se modela sur son oncle, son oncle le voïvode de Moutchilo.»

Euphrosine reparaît souvent dans l'histoire de Marko, son caractère ne se dément jamais et le plus beau trait de celui du fils, le trait qui rachète ses actes de férocité, est certainement le respect qu'il montre pour sa mère.

André est un personnage réel, et dont il est fait plusieurs fois mention.

Quant à sa femme, appelée tantôt Angelia, tantôt Iéla ou Ielitza, et qui, d'après le n° 56 du tome II, était fille du roi bulgare Chichman (Sigismond), elle peut n'avoir qu'une existence imaginaire.

J'ai écrit, sous la dictée d'un Serbe, le commencement du n° 62, tome II, mais avec des variantes assez considérables, et dont la plus remarquable est celle qui attribue à Marko un enfant. C'est en effet le seul passage dans tous les chants, où on le fasse père de famille. Avant de partir pour rejoindre l'armée du sultan, il dit à sa femme: «Aie soin de mon cher enfant, de ce cher enfant, le petit Lazare, qu'avec toi j'ai demande à Dieu dans nos prières. Le Créateur a eu pitié de nous, et il nous l'a accordé.»

La mort de notre héros forme le sujet d'un beau poëme qu'on lira plus loin, mais elle est en outre diversement racontée dans les traditions populaires, citées par M. Vouk (Dictionnaire, au mot MARKO), et qui se rapprochent pour la plupart de la vérité historique. Ainsi «les uns rapportent, dit le savant éditeur, qu'il fut tué d'une flèche d'or, à la bouche, par un certain Mirtcheta, voïvode valaque, dans une bataille livrée aux Valaques par les Turcs, près du village de Rovina, d'autres disent que, dans cette même affaire, son cheval, Charatz, s'étant enfoncé dans un marais au bord du Danube, tous deux y périrent. Dans le district de Négoune (Serbie actuelle), on raconte même que le fait s'est passé dans une prairie voisine de cette ville, au-dessous des sources de la Tzaritchina, il existe encore là aujourd'hui un marais et une église en ruines, qu'on prétend avoir été construite sur le tombeau de Marko. D'autres enfin rapportent que dans cette même bataille, Marko avait tué tant d'hommes, que bêtes et gens nageaient dans le sang, et qu'alors, levant les mains au ciel, il s'écria. «Mon Dieu, que vais-je devenir?» Sur quoi, Dieu en ayant pris pitié, le transporta, lui et Charatz, d'une manière miraculeuse dans une caverne où tous deux vivent encore: là, Marko, après avoir enfoncé son sabre dans la pierre de la voûte, s'est couché et endormi, devant lui Charatz broute la mousse, tandis que le sabre sort peu à peu de la pierre, et quand Charatz aura fini de manger la mousse et que le sabre tombera, le héros se réveillera et reparaîtra dans le monde.»

Suivant une autre légende, qui a été aussi, il me semble, racontée de quelque chevalier de notre moyen âge occidental, Marko s'est retiré dans une caverne, lorsqu'il eut vu pour la première fois un fusil. Pour s'assurer si cette arme était telle qu'on le rapportait, il s'en fit lui-même partir un coup dans la paume de la main, et dit ensuite. «Désormais la bravoure ne sert plus de rien, puisque l'homme le plus vil peut donner la mort au plus vaillant héros.»