VII. [Note 10: Cette pièce se rapporte à l'année 1813, et c'est la plus récente du présent recueil. George Pétrovitch, surnommé par les Turcs Kara (noir, en serbe tzèrni), à cause de l'effroi qu'il leur inspirait, et père de Son Altesse régnante, le prince Alexandre, a été, comme on sait, le premier chef suprême des Serbes dans leur guerre d'indépendance contre la Porte Ottomane.

P. S. Je laisse subsister les lignes qui précèdent, bien que rendues désormais inexactes par les événements. Au moment où je corrige cette épreuve, le prince Alexandre Karadjordjévitch vient (mardi 22 décembre 1858 [3 janvier 1859]) de quitter Belgrade, par une révolution qui a mis à sa place le knèze Miloch.]

VII. [Note 11: Ce knèze est Miloch Obrénovitch, prince héréditaire de Serbie de 1817 à 1839, et que la Skoupchtina ou Assemblée nationale a élu de nouveau ou plutôt acclamé dans sa séance du 12 (23) décembre 1858.—Le prince Miloch, né vers 1780, a en effet guerroyé contre les Turcs (Janissaires et Dahis) dès les premières années de ce siècle, et resté seul des chefs importants après la fuite de Karageorge en Autriche (1813), il est devenu en 1815, la tête de l'insurrection définitive des Serbes. La pésma, dans son cadre poétique, est donc parfaitement fidèle à l'histoire.]

VII. [Note 12: Le portrait de ce haïdouk, qui périt en effet bravement dans la défense d'une redoute, se voit fréquemment à Belgrade.]

V

CHANTS DOMESTIQUES

I

LA FEMME DE HAÇAN-AGA[1].

Que voit-on de blanc dans la verte montagne? Est-ce de la neige, où sont-ce des cygnes? Si c'était de la neige, elle serait déjà fondue, (si c'étaient) des cygnes, ils auraient pris leur vol. Ce n'est ni de la neige, ni des cygnes, mais la tente de l'aga Haçan-Aga. Haçan a reçu de cruelles blessures; sa mère et sa sœur sont venues le visiter, mais sa femme, par pudeur, ne pouvait le faire. Quand il fut guéri de ses blessures, il fit dire à sa fidèle épouse: «Ne m'attends plus dans ma blanche maison, ni dans ma maison, ni dans ma famille.» La Turque venait d'entendre ces paroles, et elle demeurait encore dans la pensée de sa misère, quand le pas d'un cheval s'arrêta devant la maison. Haçan-Aguinitza[2] alors s'enfuit, pour se briser le cou en se jetant de la fenêtre. Après elle courent ses deux petites filles: «Reviens-t'en, chère maman, ce n'est pas notre père, Haçan-Aga, mais notre oncle, Pintorovitch-Bey.» Et Haçan-Aguinitza revint sur ses pas, et se pendant au cou de son frère: «La grande honte, mon frère, (dit-elle) de me séparer[3] de cinq enfants!» Le bey garde le silence, il ne dit mot, mais fouillant dans sa poche de soie, il en tire (et lui remet) la lettre de répudiation, afin qu'elle reprenne son douaire entier, et qu'elle revienne avec lui chez sa mère. Quand la Turque eut lu la lettre, elle baisa ses deux fils au front, ses deux filles sur leurs joues vermeilles, mais pour le petit enfançon au berceau, elle ne pouvait du tout s'en séparer. Son frère, la prenant par la main, à grand'peine l'éloigna de l'enfant, puis, la plaçant derrière lui sur son cheval, partit avec elle pour sa blanche maison.

Chez ses parents elle ne demeura que peu de temps, peu de temps, pas même une semaine. La Turque était belle et de bonne famille, pour sa beauté on la demanda de toutes parts, et avec le plus d'instance, le kadi d'Imoski. La dame supplie son frère: