Il ne s'était pas encore écoulé un an, quand la femme de Voukoman eut un enfant, eut un enfant et justement un garçon.

XXX

Que le temps me paraît long, à demeurer assise à la fenêtre, à toujours regarder sur la mer grise, sur la mer grise, et sa plaine unie, si mon amant y va voguant, si son pavillon flotte au vent, s'il joue de la tamboura, et sur la tamboura s'il me chante.

XXXI

Une fille est assise au bord de la mer,
et elle se dit à elle-même:
«Ah! Dieu cher et bon,
y a-t-il rien de plus vaste que la mer?
Y a-t-il rien de plus large que la plaine?
Y a-t-il rien de plus rapide que le cheval?
Y a-t-il rien de plus doux que le miel?
Y a-t-il rien de plus cher qu'un frère?»

Et un poisson du milieu de l'eau lui dit: «Fille simple et sotte, le ciel est plus vaste que la mer, la mer est plus large que la plaine; les yeux sont plus rapides que le cheval; le sucre est plus doux que le miel; et plus cher que le frère est l'amant.»

XXXII

BOLOZANOVITCH.

Djoul[1] la Turque convie à une assemblée, elle y invite toutes les dames, et prie aussi une fille promise, promise à Bolozanovitch. Celui-ci la chercha, un jour d'été jusqu'à midi, la chercha sans pouvoir la trouver; et ne pouvant résister à son cœur, il alla vers Djoul, la dame turque: «Ma sœur en Dieu! jeune femme, donne-moi une fine chemise, celle que tu portes le premier dimanche de la lune; mets-moi de l'antimoine sur les sourcils, une coiffure noire sur mes noirs cheveux, et du rouge sur mon blanc visage; fais-moi de fines tresses comme à une fille, de cinq jusqu'à neuf (tresses); et donne-moi une quenouille dorée avec un fuseau de buis, et une quenouille de lin d'Égypte, puis laisse-moi entrer dans ton assemblée, que je voie la fille qui m'est promise.»

La Turque agréa la prière faite au nom de Dieu, elle lui donna une fine chemise, etc., etc.[2], puis elle ajouta ce bon conseil: «Libertin que tu es, Bolozanovitch, quand tu entreras dans mon assemblée, les vieilles, baise-les aux mains, les jeunes femmes sur leurs bouches de miel, et les filles à la gorge, au-dessous du collier.»