[Note 1: Les larges manches des chemises des paysans.]
[Note 2: C'est-à-dire d'un étranger, d'un homme.]
XXVIII
Une fille s'élevait contre le soleil: «Soleil resplendissant, je suis plus belle que toi, et que toi et que ton frère, ton frère, le brillant astre des nuits[1], et que ta sœur l'étoile voyageuse, qui parcourt le ciel serein, comme un berger devant ses brebis.» Le soleil resplendissant se plaignit à Dieu, et Dieu doucement lui répondit: «Soleil resplendissant, mon enfant chéri, ne t'attriste point, ne te mets pas en colère, aisément nous châtierons cette maudite fillette: toi, de tes rayons hâle-lui le visage, et moi, je lui enverrai un mauvais sort, un mauvais sort, de petits beaux-frères, une méchante belle-mère, et un pire beau-père[2]; et elle se souviendra de celui contre qui elle s'élevait.»
[Note 1: On me passera cette périphrase. En serbe, la lune, mécétz, est du masculin.]
[Note 2: Dans la position bien subordonnée des femmes serbes, ce sont là, en effet, de grandes calamités.]
XXIX
La jeune femme de Voukoman se promenait dans son jardin et dans son parterre, quand une fleur s'accrocha à sa robe. «Œillet, chère fleurette, lui dit-elle, à ma robe ne t'attache point, car tu fleuris et tu portes du fruit, mais moi voilà neuf années, pauvrette, que je suis mariée, sans que je fleurisse, que je porte de fruit, sans savoir ce que c'est qu'un homme.»
Elle croyait que nul ne l'entendait, mais sa chère belle-mère l'avait entendue, et à son fils ainsi elle parla: «Voukoman, mon unique enfant, ma bru dans le parterre s'est plainte, que voici neuf années déjà depuis qu'elle est la femme de Voukoman, et qu'elle ne fleurit point, ne porte pas de fruit, et ne sait ce que c'est qu'un homme; n'es-tu donc point, mon fils, un homme? n'as-tu pas d'énergie dans le cœur? —Ma vieille, ma chère mère, répondit Voukoman, il semble que je mérite ce reproche, mais je vais te dire la vérité. Le jour où tu me marias, ma mère, quand vous eûtes laissé les deux époux, je voulus baiser le visage de ma femme, mais elle me supplia par le nom de frère, de vivre ensemble comme frère et sœur.»
—Voukoman, mon unique enfant, plût à Dieu que je ne t'eusse marié, ni aujourd'hui, ni il y a neuf ans! Le jour où ton père m'amena chez lui, moi aussi je lui donnai deux fois le nom de frère, mais trois fois il me frappa (en disant): je ne t'ai point emmenée pour être ma sœur, c'est pour femme que je t'ai prise.»