XXIV
ÉLOGE DE LA VIOLETTE.
La violette se disait à elle-même:— «Je suis la première fleur de l'année; et bien que j'aie le col onduleux, pourtant j'exhale un doux parfum. Si les fillettes savaient ce qu'est le parfum de la violette, toutes elles cueilleraient mes fleurs, et viendraient m'arroser.»
XXV
LE DÉFAUT DE LA VIOLETTE.
La violette elle-même se louait, d'être du monde la fleur la première et la plus belle, quand la rose lui dit:— «Il est vrai, violette, que tu es la fleur des fleurs, mais tu serais plus belle encore, si tu n'avais un petit défaut: celui d'avoir la tête de travers (la tige courbe).»
XXVI
Violette, je voudrais te cueillir, mais je n'ai pas d'amant, à qui te donner. Je te donnerais bien à Ali-Bey, mais Ali-Bey est un orgueilleux garçon; il ne porte pas toutes les fleurs, (mais) seulement la rose et l'œillet.
XXVII
ô Tzetigna, orgueilleuse rivière! c'est faussement qu'hier tu jurais, que tu ne portais point de barques. Ce matin assez tard je passais, quand je vis sur toi jusqu'à trois barques: dans l'une étaient des gens de noce, dans la seconde, le garçon et la fille (les fiancés), et dans la troisième, un frère avec sa sœur. La sœur pour son frère brodait des manches[1], le frère cousait pour sa sœur un dolman bleu; et la sœur dit tout bas à son frère: «Mets, mon frère, des boutons au corsage (le long de la poitrine), afin qu'il ne puisse passer même un homme, encore moins la main d'un frère étranger[2].» Le frère à la sœur tout bas répondit: «Que tu es sotte encore, ma sœur! lorsque s'approchera la main d'un frère étranger, d'eux mêmes s'ouvriront les boutons.»