Le lendemain quand elle passa encore, le noble bey Iergetch l'arrêta: «Reste donc, fille giaour, que je voie tes yeux noirs (comme) les prunelles sauvages, que je baise ton blanc visage, pareil au soleil, que je discoure avec ta bouche de miel.— Mais la jeune infidèle lui réplique: «Où sont mes neuf jeunes frères pour qu'ils saisissent le noble bey Iergetch, et qu'ils lui mettent de lourds fers aux pieds? et s'ils ont pitié de lui, parce qu'il est jeune, qu'ils me le livrent à moi, fillette, je le jetterai dans de cruelles chaînes, dans mes bras.»
XX
Sais-tu, mon âme, quand tu étais à moi, dans mon sein tu versais des larmes amères, et au milieu de tes pleurs, tu disais: «Dieu anéantisse toute maîtresse, qui garde sa foi à un amant; de même que le ciel est pur, tantôt pur, et tantôt nuageux, telle est la foi des amants (jeunes gens): avant de vous posséder, je te prendrai[1]; et quand ils vous ont possédée: attends à l'automne.» L'automne se passe et l'hiver commence, mais alors avec une autre il s'entretient.
[Note 1: Pour femme.]
XXI
Nuit sombre, tu es pleine de ténèbres! plus plein encore de chagrin est mon cœur. Je nourris ma douleur, et ne la dis à personne: je n'ai point de mère à qui la conter, ni de sœur, à qui me plaindre; un amant seulement, il est loin de moi: le temps d'arriver, et il est plus de minuit; le temps de m'éveiller, les chanteurs chantent; le temps de m'embrasser, l'aube blanchit: «L'aube blanchit, ami, il faut partir.»
XXII
Une fille au jour de la Saint-George faisait cette prière: «Jour de Saint-George, quand tu reviendras, chez ma mère puisses-tu ne plus me trouver: (mais) soit mariée, soit ensevelie, plutôt mariée qu'ensevelie.»
XXIII
Que ne suis-je, pauvrette, un frais ruisseau! je sais ou j'aurais ma source: au bord de la Save, la froide rivière, (là) ou passent les bateaux de blé; afin de voir mon cher amant, (de voir) si au gouvernail s'épanouit la rose, si dans sa main sèche l'œillet, que j'ai, pauvrette, cueillis samedi, et que dimanche je donnai à celui que j'aime.