XXXVIII

Un jeune garçon non (encore) marié, à Dieu fait la prière, de le changer en perle au bord de la mer, là où les filles viennent à l'eau; afin qu'elles le mettent dans leur sein, qu'elles l'enfilent à une soie verte, afin qu'elles le pendent à leur col, et qu'il entende ce que dit chacune, si elle parle de son amant, et si sa mie aussi parle de lui.

Ce qu'il demandait, Dieu le lui a accordé: il a été changé en perle au bord de la mer, là où les filles viennent à l'eau. Elles mettent la perle dans leur sein, elles l'enfilent à une soie verte, à leur col elles la suspendent, et lui, il écoute ce que dit chacune, chacune parlait de son amant, et de lui parlait sa mie.

XXXIX

«O fillette, rose vermeille, ni plantée, ni greffée, ni arrosée d'eau fraîche; ni cueillie, ni respirée, ni baisée, ni caressée; te donnerai-je, mon âme, des baisers?»

—«Tu le peux jeune homme, à ton gré; mon jardin est près de ta prairie; je viendrai arroser mon jardin, toi, viens attacher là tes chevaux; donne-moi des baisers, jeune homme, à ton gré, mais ne me mords point le visage. de crainte qu'à ma mère ne me trahissent mes joues»

XL

Une petite troupe s'est mise en marche, petite oui, mais ardente. A sa tête est le porte-étendard Mouïo, il porte son drapeau, et chante en turc: «Malheur à celui chez qui je prendrai mon gîte! je lui tuerai ses bœufs sous son chariot, et je tuerai le bélier qui porte la clochette; je me ferai donner du vin de trois ans, et de la rakia de quatre années; et ce seraient là ses moindres maux, mais sans nouvelle mariée je ne souperai point, et sans pucelle je ne veux pas dormir.»

Mouïo en était là de son discours, quand un fusil part de dessous le vert taillis, le coup avait bien frappé Mouïo, au milieu des plaques qui ornaient sa large poitrine, il tombe sur l'herbe verte, et de la forêt un brave lui crie: «Tu voulais, Mouïo, une belle fille, n'en est-ce pas une belle que tu as, une fille jolie, l'herbe verte.»

XLI