Écoute, fillette, écoute, ma belle,
tes dents sont des perles menues,
et moi jeune homme je suis le marchand de la mer,
qui trafique en perles menues.
Écoute, fillette, écoute, ma belle, tes mains sont du doux coton, et moi, jeune homme je suis le marchand de la mer qui achète le doux coton.
XLV
«O fille de Smederevo, descends et viens ici, que je voie ton visage. —O jeune homme, sois-tu vermeil[1]! Es-tu allé au bazar? y as-tu vu une feuille de papier? tel est mon visage. Es-tu allé dans quelque taverne? y as-tu vu du vin vermeil? telles sont mes joues. Es-tu allé par la plaine? y as-tu vu des prunelles sauvages? tels sont mes yeux. As-tu été le long de la mer? y as-tu vu des sangsues? tels sont mes sourcils.»
[Note 1: C'est-à-dire beau; des joues rosées sont, à ce qu'il paraît, une des conditions de la beauté masculine.]
XLVI
AMULETTE POUR LES FILLES.
Mon amant a une haleine d'ambre, de sa main blanche et de son qalam il écrit pour les filles de fines amulettes, voici dans l'une d'elles ce qu'il écrit: «Qui ne veut point de toi, ne t'impose pas à lui; qui t'aime, ne lui dis point: Je ne veux pas.»
XLVII
Ma mère, marie-moi jeune, avant que ne m'ait poussé la barbe, une barbe épaisse et des moustaches; car les filles alors diraient en me montrant à leur mère: «Voilà, mère, un ours qui sort du bois; ou: Voilà un lièvre qui sort des choux.»