Chantons, dansons, tant que nous n'avons point de mari, car lorsque nous en prendrons, il nous faudra laisser ces chansons au dressoir, et les airs turcs dans la boîte, il faudra raccommoder pantalons et chemises, et plus vous les raccommodez pour le diable, plus Satan les déchire.

LII

Rose je suis rose, tant que je n'aurai point de mari; un mari quand je prendrai, ma rose tombera. Fleur je suis fleur, tant que je n'aurai point d'enfant; un enfant quand j'aurai, ma fleur sera flétrie.

LIII

Un faucon vole au-dessus de Saraïevo, il cherche de l'ombre pour y prendre le frais. Il trouve un pin au milieu de Saraïevo: sous le pin est une fraîche fontaine, au bord de la fontaine une veuve, Zoumboul[1], et une fille, la gentille Roujitza[2], le faucon commence à songer, s'il aimera Zoumboul, la veuve, ou Roujitza, la gentille vierge. A tout il songe, puis il prend une résolution, et tout bas il dit: «Mieux vaut l'or, même un peu abîmé, que l'argent récemment forgé;» et il donne un baiser à Zoumboul, la veuve, vive est la colère de Roujitza, la fillette: «Saraïevo, puisses-tu fleurir sans donner de fruits! pourquoi la coutume en toi est-elle née, que les jeunes courtisent les veuves, et les froids vieillards les belles vierges?»

[Note 1: En turc, jacinthe.]

[Note 2: En serbe, petite rose.]

LIV

LES DEUX TOURTERELLES.

Une tourterelle avait amassé du millet, vers elle vint une autre tourterelle: «Donne-moi, ma sœur, un grain.» —«Je n'en donne, ma sœur, pas un seul; il fallait amasser, et non dormir; j'ai amassé, et n'ai point dormi, je n'ai pas pris mes ébats dans la forêt, ni caché ma tête sous le taillis.»