18o. Torches de cire blanches, en parfums lynnicques, demi-dorées, concavées en dedans, et renfermant des oiseaux rares.


LES MONDES TERRESTRES
ET INFERNAUX,

Le Monde petit, grand, imaginé, meslé, risible, des Sages et Fols, et le très grand; l'Enfer des écoliers, des mal mariez, des P. et ruffians, des soldats et capitaines poltrons, des pietres docteurs, des usuriers, des poètes et compositeurs ignorans, tirez des œuvres de Doni Florentin, par Gabriel Chappuis, Tourangeau. A Lyon, pour Barthélemy, Honorati, 1578, 1 vol. in-8.

(1552-78.)

Le sieur Roméo, associé à de beaux esprits comme lui, qu'il réunit sous le nom d'Académie passagère, se met en route avec ses compagnons pour explorer l'univers. Dès les premiers pas des académiciens passagers, un quidam aborde la troupe, et se propose de lui éviter du chemin, en lui racontant ce qu'il a vu dans ses voyages. Cet étranger se nomme Remuant, et fait, de son côté, partie d'une académie dont les membres portent des noms de plantes. Il a tenté d'escalader le ciel par le moyen d'une grande tour qu'il a construite avec ses amis. L'intellect et la fantaisie l'ont initié aux secrets de ce pays mystérieux. Il a su d'étranges choses de Jupiter, de Vénus, de Priape, et tout cela est aussi plat qu'insensé. Sans doute il dut y avoir bien des allusions cachées là dessous; mais la trace s'en étant perdue, restent seulement la platitude et la folie. Cependant les académiciens passagers s'embarquent pour suivre leur dessein; une tempête les assaille; Doni les laisse aller au gré des flots et des vents, pour rapporter un dialogue philosophique entre un sieur Banny et un sieur Douteux, sur l'inégalité des conditions, que Dieu corrige plus ou moins, dit-il, par mille compensations diverses. Ce dialogue n'offre rien que de très commun; je n'en aime qu'une chose, c'est qu'il est fort vif contre les avares; sorte de gens contre qui, selon moi, tous les coups sont bons. Après le dialogue, vient une longue et froide allégorie sur les rapports de configuration qui existent entre les différens Etats de l'Europe et les différentes parties du corps humain: l'Allemagne est la tête, l'Italie le bras dextre, etc., etc.; ainsi finit le Petit Monde.

Le Grand Monde est encore un dialogue philosophique et moral sur les choses de cet univers et les mœurs des hommes, dans lequel, à travers beaucoup de vague et de décousu, on entrevoit que le Diligent et le Sauvage, qui sont les interlocuteurs, ont bonne envie de lancer quelques traits de satire. Ce Grand Monde se termine par l'histoire tragique d'une jeune, belle et riche veuve qui, après avoir refusé la main des meilleurs gentilshommes du pays, épouse un beau musicien, vagabond, à larges épaules, a, quelque temps, le droit de se croire heureuse avec lui, quand, un soir, le nouvel époux fait provision d'argent et de pierreries, poignarde sa dame et prend le galop sur le meilleur cheval de ses écuries: heureusement pour l'honneur des mœurs, on rattrape le sire; on le tue comme un pourceau; mais la belle veuve n'est pas moins morte, et c'est une leçon pour celles qui lui ressemblent.

Qui, du reste, aurait aujourd'hui le courage de suivre notre Florentin dans le labyrinthe inextricable de ses mondes, imaginé, meslé, risible, des sages et fols, etc., et de chercher un dessein quelconque dans l'éternel babil du Gaillard et du Passager, de Jupiter et de l'Ame, de l'Ame et de Momus, du Courtois et du Doux, où, parmi d'innombrables sottises, apparaissent à peine quelques pensées raisonnables, le tout pour aboutir à un beau sermon amphigourique sur l'amour de Dieu, intitulé le Très grand Monde, et si rempli de chimères et de visions incompréhensibles, qu'on n'y retrouve plus rien des vrais préceptes du christianisme? Certes ce ne sera pas moi qui l'aurai ce courage stérile; et je laisserai également Virgile, Dante, Mathieu Paulmier, la fée Fiésolane, Orphée, ainsi que la sibylle de Norcie, servir de guides aux académiciens passagers dans les sept enfers d'Antoine-François Doni, de peur de tomber dans un huitième enfer, l'enfer des lecteurs, qu'il a créé pour nous sans nous en prévenir. Cet insensé, né à Florence en 1511, mort en 1574, a composé plusieurs ouvrages du genre de celui-ci, entre autres la Zucca (la Gourde), qui le classent à côté de Fægio, l'auteur des Subtiles réponses, de Thomas Garzoni, l'auteur du Théâtre des divers cerveaux, plutôt qu'à côté de Gello, de Boccace et de Machiavel. L'opinion commune qu'il fut moine servite, puis prêtre séculier, a été contestée par quelques uns. Rien n'est plus plaisant que de voir l'admiration, l'extase qu'il cause à son bon-homme de traducteur, Gabriel Chappuis, Tourangeau d'Amboise; le même qui a traduit plusieurs des vingt-quatre volumes des Amadis, entreprise commencée par le sieur Herberay des Essarts, sous François Ier. Gabriel Chappuis se flattait, bien gratuitement sans doute, dans la préface de sa pauvre traduction de l'Arioste, de faire parler à ce grand poète aussi bon français qu'il avait parlé bon italien. Eu général, les traducteurs rendent un culte à leurs originaux, on le sait, et c'est sûrement aussi pour cette raison qu'on les a surnommés traîtres; mais, à cet égard, nul n'égala jamais Gabriel Chappuis. Nous aurons encore occasion de parler de cet honnête homme à propos de sa traduction de Garzoni; pour aujourd'hui, nous n'en dirons pas davantage, en ajoutant, toutefois, qu'il mourut en 1583, que sa traduction de Doni a été réimprimée en 1580 et en 1583, c'est à dire deux fois, et que notre exemplaire, de l'édition de 1578, a été vendu 19 livres, en 1780, à la vente de M. Picart.


DE TRIBUS IMPOSTORIBUS.