Elle ajouta d’une voix plus gaie:
«Et je vous ai bien dit, n’est-ce pas, que je me trouvais au Canada par le hasard d’un engagement? Je suis née française, de parents français, à Château-Thierry (Aisne). Plus tard, j’ai beaucoup, j’ai trop voyagé. Parfois, je me sens un peu américaine.»
Elle conclut en riant:
«N’importe! le fond demeure, le fond... théodoricien!»
Mais ce rire sonnait faux.
On sortait du bois, l’ombre était moins épaisse, sur la prairie flottait comme un reste de clarté confuse, des étoiles étincelaient au ciel dégagé de brume. Alors Mme Randal revit la figure réelle de cet homme qui, par occasion, avait reçu sa confidence, tandis qu’elle s’appuyait à son bras, et de nouveau Mathieu aperçut le souple contour d’une femme auprès de lui... Ils n’étaient plus seulement deux voix, sous les arbres obscurs. Ils ne pouvaient parler ainsi davantage, ils se séparèrent, ils reprirent leurs distances.
Puis Mathieu dit encore:
«Nous avons fait le tour du bois et sommes à quelques pas de chez vous, Madame; permettez que je vous accompagne jusqu’au camp.
—Vous plaisantez! répliqua-t-elle. Je ne suis pas de ces personnes que l’on accompagne ou que l’on met en voiture: non, non! je rentre par mes propres moyens... Bonsoir, cher Monsieur; grâce à vous, j’ai fait une excellente promenade.»
Ils se serrèrent la main par une prise vigoureuse et franche. Un instant d’arrêt... peut-être pour se rendre bien compte du point où l’on se trouve...