«Messieurs, dit-il, je vous quitte pour aller fumer une cigarette au dehors... Bonsoir.

—Grand Dieu! je me lève aussi, s’écria Rachel: nous ne sommes plus que treize!...»

Mathieu rentrait chez lui, lentement. Il se sentait seul, plus seul que d’habitude. Il ne pouvait songer à Ida Randal sans rougir: il revoyait les monstres transfigurés à son évocation. Il s’imaginait cette femme salie par leurs regards, cette femme qui lui appartenait, qui, de toute son âme, l’aimait, et qu’il n’aimait pas.

«Mais... demain? songeait-il. Demain?»

Trouble sinistre, nuit épaisse où l’on s’égare... Une pensée unique brillait dans ce labyrinthe d’incertitude, la plus cruelle:

«Je ne pourrai ni la fuir, ni la rejeter loin de moi... Non... Alors... demain?»

XXVIII

James Randal écoutait depuis un quart d’heure, immobile, muet, sans du tout laisser voir ce qu’il pensait. Accoudé, il tenait sa tête dans ses mains et, de temps à autre, levait seulement les yeux.

Assise devant lui, Rachel Boucbélère parlait beaucoup et vite, rendue nerveuse par ce calme. Octave n’eût pas écouté ainsi! Un flot malsain coulait de ses lèvres peintes, comme d’une source impatiente, avec des bouillons et des mousses et de subits engorgements. Elle se hâtait, ayant peur du moment où le chef parlerait à son tour; elle bouchait les trous de son bavardage empoisonné par de brèves exclamations de regret, de douleur, d’étonnement, et par des gestes expressifs. Elle s’affolait un peu: Randal n’avait rien répondu que, par deux fois, très bas, très clairement: «Taisez-vous, Rachel, et sortez!» Un mur, James Randal faisait l’effet d’un mur froid, tout droit, tout nu, au pied duquel se tortillait une sordide bête punaise.

Il répéta, sur le même ton tranquille: