«Taisez-vous, Rachel, et sortez!»

Suffoquée, elle tendit vers le ciel ses bras grelottants de bracelets:

«Dieu m’est témoin!...»

Puis, cette invocation lui restant pour compte, en quelque sorte, elle ajouta, par dégoût d’être si mal comprise:

«Bien! bien! mettons que je n’aie rien dit! Néanmoins, je ne veux pas que l’on me chasse, que l’on me flanque à la porte, simplement parce que je fais mon devoir!... Ah! non! une honnête femme courbera la tête, quelque temps, mais un jour vient où il faut qu’elle la relève, où elle proteste. J’en suis arrivée là: je proteste! l’indignation m’étouffe, monsieur Randal... m’étouffe! Oh! je sais: Octave et moi n’appartenons pas officiellement au «Randal Circus»; d’un trait de plume, vous pouvez nous jeter à la rue! N’importe! nous sommes de cœur avec ce corps d’élite; ce qui le touche nous touche aussi et, de façon plus vive, plus douloureuse, quand il s’agit de ce qui le diminue au point de vue de la moralité.»

James Randal s’essuya le front.

«Trois fois, je vous ai dit de vous taire.

—J’ai attendu, par crainte de commettre une injustice; j’ai attendu peut-être trop longtemps. Maintenant, il n’y a plus de doute, on est forcé de voir, à moins de se fourrer la tête dans un sac. Ma conscience le déclare, ma conscience me fait des reproches... sanglants, monsieur Randal! je finirais par me sentir moi-même coupable, tant ma conscience s’insurge!

—Votre... conscience... ah!

—Je vous ai tout expliqué: mes premiers soupçons, que j’écartais en haussant les épaules, mes premières certitudes... Je vous ai apporté les preuves! Oui, j’ai beaucoup souffert, mais pour une femme vraiment honnête, il n’y a pas de... pas de compromission possible: il faut marcher! Et puis...»