Te plairait-il d’extraire l’or d’une mine ?… C’est un peu plus loin. Ton ami te conduira, mais attends quelques jours, car voici une fée qui vient d’entrer et se froisserait à coup sûr si tu ne l’admirais dans sa danse, au lieu que, si tu parviens à gagner ses bonnes grâces, je crois qu’elle daignera sauter à la corde avec toi.
Puisque tu t’ennuies dans ton lit, Michel, ne perds pas ton temps !
V
Non, ça ne marche pas du tout avec l’abbé Verdier. Tante Valérie s’en lamente, un jour sur deux ; elle prend à témoins de ma très honteuse indignité ses chats qui n’en peuvent mais et le chauve Isidore qui ne sait compatir qu’en jacassant sur un ton plus aigre. On va donc tenter une expérience : m’envoyer dans un collège pseudo laïc, mais bien pensant, à la campagne, jusqu’à mon baccalauréat. On s’est même arrangé pour que cette institution de tout repos me garde durant les mois de vacances.
J’ai, paraît-il, enfin bien travaillé. Trois ans, j’ai fait honneur à ma famille (telle est la formule), puis est venu l’affreux accident.
Mes maîtres m’ont découvert un goût pour les beaux-arts. Les beaux-arts… ces mots me forcent à m’interrompre.
Tout à l’heure, je vous parlais d’un paysage qui s’en allait en morceaux. Je comprends pourquoi ! Le paysage était simplement un paravent à quatre feuilles que l’on ouvrait devant la fenêtre. Il m’enchantait si fort que j’avais à peine remarqué la barre de cuivre de mon lit et ses deux boules.
Ce paravent, je l’avais peint moi-même, là-bas, en Chine. Mais je ne suis donc plus en Chine, aujourd’hui ? Je suis peut-être à Paris ! Ah ! que de choses m’assiègent ! Ne m’en veuillez pas : je me sens plus instable. Excusez… Je retourne en arrière.
Mes maîtres, dis-je, m’ont découvert un goût pour les beaux-arts. Combien ai-je dessiné de roses, de pots en grès, de chaises, de bustes en plâtre, jusqu’à satiété, jusqu’au découragement ! mais je m’en consolais, étant autorisé à fouiller dans la bibliothèque du collège, bien fournie…
Et puis est survenu l’affreux accident.