— Carotte ! Carotte ! » s’écria Isidore qui, du moins, montrait de la suite dans les idées.
Et je ne pus, hélas ! étouffer l’éclat de rire qui surgit dans ma gorge…
« Ah ! Dieu soit loué ! prononça une voix tout près de ma couche. Il me semble bien qu’il vient de rire ! »
Mais oui, j’ai ri… Pourquoi s’en étonne-t-on ?
VI
Le scandale au collège ayant passé toute mesure et ma tante Valérie ne pouvant supporter l’idée que son petit-neveu fût un dévoyé, les décisions à mon sujet ne tardèrent pas. Je fus mis avant peu dans un four à bachot. Ma tante exigea le compte-rendu minutieux de l’emploi de mon temps : Paris est si mal fréquenté, si plein de pièges ! Par ailleurs, elle voulut affecter une façon d’indifférence hautaine à mon sujet ou même d’éloignement pour « cet enfant qui s’est déshonoré. »
L’enfant sans honneur ne s’en porta pas plus mal et ne parut guère s’apercevoir de sa déchéance. Il se fit, à l’institution Ménandre, quelques camarades et, bien que le travail fût assez dur, se plaça dans les compositions de manière décente.
Des camarades ? n’en avais-je donc pas à la pension récemment quittée ? à ce collège dont le recrutement était à tout point de vue surveillé ?
Non. Là-bas, Michel Duroy passait pour bizarre, parce qu’il ne détestait pas la solitude ; pour un mauvais esprit, parce qu’il se complaisait peu à gagner les bonnes grâces de ces Messieurs par des courbettes et le choix déférant de son langage, enfin, vis-à-vis des autres élèves, pour un faux bonhomme (on employait des termes plus nobles ou plus familiers), non point à cause de son aventure avec Lucette, dont il ne s’était pas encore rendu coupable, mais parce qu’il crayonnait volontiers, sur des feuilles glissées dans ses cahiers, subrepticement, (le bandit s’y montrait assez expert), des caricatures de ses maîtres, de ses camarades, de tout le personnel de la maison, caricatures peu charitables, grotesques, voire même offensantes.
Ce dernier reproche était mérité, mais eussé-je fait la même espèce de charge d’un ami, si j’en avais eu ?