L’institution Ménandre, choisie cependant pour sa rigueur, le haut niveau de ses études et sa bonne tenue, me sembla plus douce et, durant les deux années que j’y fus, je passai fort honorablement mes deux baccalauréats.

A coup sûr, ces lauriers laïcs ne suscitèrent aucun enthousiasme chez ma tante qui eût sans doute préféré me voir entrer au séminaire… la vocation importait peu. Néanmoins, elle daigna me sourire. Je me le rappelle, ce sourire ! Que n’ai-je un crayon entre les doigts ! J’en fixerais la réserve et la difficile amabilité.

Puis, j’entre dans une nouvelle période de ma vie… et quelque chose, déjà, m’inquiète. Je vais bientôt y arriver…

Ah ! je me sens tout agité par l’approche de ce quelque chose plein de mystère. Je sais qu’il y a, dans un lieu de la terre pas très loin de moi, du… comment dirais-je ?… du soleil, peut-être… mais il est voilé. Je le devine sans l’apercevoir.

Oui, oui, je me rappelle des faits d’ordre courant, banal. Ils entourent ce que je ne vois pas.

J’entre dans une banque, dirigée par un très lointain cousin par alliance de ma tante, et ce sont là de bons jours. Je jouis d’une liberté relative qui me semble complète, bien qu’il faille rentrer, le soir, à la maison. Alors, j’ai connu un peu de la vie de Paris, j’ai eu quelques aventures (flatteuses, bien entendu, mais toutes diurnes). Je me rappelle leurs agréables détails.

Autre événement : on m’accorda une bourse personnelle : je vais avoir vingt et un ans dans six mois ! mais il me faut subvenir, pour ma part, aux frais de la famille… Subvenir aux frais de Paul, de Virginie et d’Isidore, cela me dégoûte un peu. Qu’importe ? puisque les bons jours se suivent. D’ailleurs, je triture dans ma tête un projet gros de conséquences. Il s’agit de quitter ma chère tante Valérie et de m’engager au plus tôt, pour couper les ponts. Il me semble qu’elle et moi, sommes en quelque sorte quittes.

Souvenirs d’enfance, de jeunesse… En sortirons-nous, un jour ?


Voilà que l’on m’appelle au téléphone de la banque. C’est la cuisinière de tante Valérie qui a couru jusqu’à la poste en face de chez nous et me supplie d’arriver en toute hâte, Mademoiselle étant très malade !