M. Cernaux me présente ensuite à une jeune fille :
« Michel Duroy ; ma sœur Madeleine. »
Il a dit : « Ma sœur Madeleine ? »
Il ajoute :
« J’espère que, plus tard, quand votre chagrin sera moins grand, vous viendrez chez nous ; on vous y verra avec plaisir. »
Madeleine…
Tout à coup, je suis ici, près du paravent replié contre le mur, dans cette atmosphère lumineuse et grise, tout seul. L’homme au lorgnon a disparu.
Madeleine… elle avait des yeux clairs…
Alors, de nouveau, je me pris très volontairement à hurler : clameurs excessives que j’animais de toute ma force renaissante. Madeleine ! Il me fallait revoir Madeleine, ma femme ! Où était ma femme ?
La bouche grande ouverte, les bras tendus, tous les muscles raidis, je beuglais comme une bête mon désir désespéré. Dans cette convulsion bruyante, je ressentais une sorte de joie à m’entendre moi-même, à me dépasser, à crier plus haut encore, d’une voix plus forte ou plus aiguë.