Je me répéterai d’abord la phrase, je la préparerai, à la façon d’un enfant bègue qui se force à bien prononcer, puis…

XIII

Ah ! j’entends une porte qui s’ouvre à l’étage en dessous : c’est l’Ennemi dont je connais les habitudes, le docteur au nez pointu ! Dans cinq minutes, il entrera. S’il m’était possible de lui tendre la main, peut-être poserais-je mieux la question… Non, ce serait donner prise à l’Ennemi. D’ailleurs tout essai de geste est une torture : je souffre trop. Je me contenterai donc de parler… Attendons.

Le voici ! Il me tâte le pouls, se penche sur moi, se redresse, me considère avec attention.

C’est l’instant propice, et je dis, d’une voix égale, en tournant les yeux vers la fenêtre :

« Docteur Devilliers, n’est-ce pas ? »

Un sourire, d’abord…

Je n’imaginais pas que l’Ennemi saurait courber ses lèvres de manière à sourire sans apparence d’artifice (Méfions-nous du traquenard !) puis le sourire s’éteint et je lis sur ce visage faux une expression d’inquiétude. Il est découvert et s’en doute, mais il a néanmoins murmuré :

« Oui, le docteur Devilliers… Ne vous agitez pas, mon ami !… »

Et n’a plus soufflé mot.