Jérôme a frappé à la porte (la lanterne suspendue ne manquait pas !) et nous sommes entrés. Le salon où ces dames attendent et se font les ongles est tendu de soie jaune et rouge, les fauteuils, les canapés, les chaises, les tabourets pareillement, mais, à côté de cette soie que j’ai vue quelque part, les bas de ces dames semblent d’un ton de mandarine bien hasardeux.
La tunique de Madeleine est toute simple, de style grec, dirait-on. Elle porte sur l’épaule un bouquet de glycines lié par un brin de paille. Jérôme, toujours aussi énorme, s’est costumé en marin, comme un enfant sur la plage : culottes et jersey, béret bleu, chaussettes claires, sandales de paille… Jérôme est tout plein gentil. On le dirait mignon s’il ne tenait tant de place. Sa bonne figure grasse n’a pas changé. En ce moment, il suce un sucre d’orge.
Un éléphant court vêtu…
Madeleine ne cesse de bavarder :
« Ma petite Rosa ! Quel plaisir de te revoir ! Eh ! ta poitrine tient encore bien, malgré le métier ! Mes compliments !
« Et toi, Nanette, ma gosse ! ça t’excite toujours, les nègres ? Permets que je te farde un peu mieux les yeux…
« Oh ! pardon Madame ! je ne vous avais pas vue. La maison marche comme vous voulez ? Bonne affaire !
« Voyons, Jérôme ! à quoi penses-tu ? Ne te fourre pas les doigts dans le nez : nous sommes en compagnie ! Maintenant, on va danser !
Mais… celui-là… vous ne le connaissez pas ! Mon mari ; Mesdames ! Il sait que je couche avec Jérôme et ça lui fait plaisir. S’il vous plaît d’en tâter, à votre tour, ne vous gênez pas ! »
Durant ce temps, j’écarte les chaises et me mets au piano. Il me reste dans la tête quelques airs de danse qui conviendront, j’espère. Mon ami Jérôme se refuse à danser, mais il fouette avec ardeur une toupie obèse, peinte en jaune et rouge, tout en poussant de gentils petits cris.