— Oui, Monsieur, tout de suite, mais je vous demande une petite aumône. J’ai faim, mon bon Monsieur ! ne me renvoyez pas ainsi ! »

Que voulez-vous ! je me laisse faire : je lui donne vingt sous.


Voyez ! à Paris nous n’aurons que des échecs. Allons plus loin, dans un pays dont je connais les ressources : Hyères, par exemple. Je vous jure que là…

Et puis, une idée surgit…

Chut ! je ne vous dirai rien encore. Attendons d’être là-bas, sur place et je vous garantis que nous y serons débarrassés de toute mendiante. Le voyage, même en troisième classe, est assez cher. On ne mendie pas à Paris pour aller ensuite faire le même métier sur la Côte d’Azur, à Nice, peut-être, ou Monte-Carlo, à la sortie du casino. Non, je n’y ai jamais vu de mendiants et cette femme-là, toute déguenillée qu’elle soit, attire trop l’attention. Le Prince viendrait en personne la prier de repasser la frontière.

Entrez dans le jardin. Vous pouvez encore beaucoup m’aider. Je sors à l’instant de la boutique d’un marchand de la ville, un vieil ami, qui m’a vendu une bonne corde, souple, solide, facile à nouer, car je suis revenu à l’un de mes anciens projets auquel je n’ai fait qu’ajouter un peu de poésie… Exactement ce qu’il faut… Il ne reste plus qu’à choisir un pin convenablement fourchu, bien robuste…

Je n’ose pas vous avouer mon idée poétique… Bast ! puisque vous m’avez accompagné, mes chers amis, dans un instant, je divulgue le secret.

Ce pin, je le connais ; il est vieux, sans doute, mais résistant. Il n’a rien perdu de sa vigueur. Il est fourchu ; sa maîtresse branche quitte le tronc assez haut et s’en écarte. On dirait qu’il fut créé pour le but même que je poursuis… Mais je n’ai pas tout dit !

Courage ! quelques mots encore : écoutez bien ! je ne résiste plus : vous vous êtes montrés trop gentils !