« Monsieur Duroy, de grâce, ne vous agitez pas. Songez que, cet après-midi… »

« Bouleversée ! »

XXV

Il me faut prendre une drogue de plus !… Prenons-la sans protester, puisque, dit-on, j’ai besoin de repos. Mlle Blancheney (j’ignorais son nom), me la prépare studieusement dans un coin de ma chambre, puis elle vient me l’offrir avec un de ces gestes avenants, arrondis, comme on tâche d’en avoir pour que le gâteau offert à l’enfant lui paraisse meilleur.

J’avale et ne dis mot.

N’ayant aucune envie de dormir, je réfléchis un peu. Ces paroles touchant Madeleine m’inquiètent, car il s’agit assurément de Madeleine. « D’ailleurs, sa femme en est bouleversée… » cela ne signifie-t-il pas qu’elle est malade, ma pauvre chérie, et que seule cette maladie l’empêche de venir ? Je l’imagine chez nous, dans notre lit, souffrant de son éloignement, fiévreuse, agitée… Une rue nous sépare, mais quand on est brisé par de fortes températures, recru de fatigue et la tête brouillée, une rue, c’est large ! c’est très large !

J’ai la terreur d’apprendre que sa maladie est grave, qu’elle a pris froid, qu’elle souffre d’une bronchite, d’une congestion pulmonaire, d’une pleurésie… Que sais-je ? Ou bien n’a-t-elle pas, durant un séjour chez sa mère, fait l’imprudence de manger à Toulon, des coquillages ?…

La fièvre typhoïde !

Mon cher Jérôme s’est vu alité pendant plusieurs semaines parce qu’il avait cédé à sa gourmandise habituelle et succombé (lui, un médecin !) aux charmes d’un étalage de moules apportées par certain pêcheur dont on pouvait être « parfaitement sûr » !

Sans faire une sottise pareille, Madeleine se sera laissé tenter par les coquillages qu’elle aime, servis à une table d’amis. On affirme que ces moules furent pêchées tout au loin, sur des roches saines, par les soins du fils de la maison, qui jamais ne commettrait une imprudence. Le résultat est le même, néanmoins.