— Ne parlez pas trop, Monsieur Duroy. Je vais changer vos pansements avec l’aide de Mlle Blancheney votre garde. Ne m’en veuillez pas si je vous couvre le visage. C’est… c’est pour nous rendre la tâche plus aisée.
— Mademoiselle Blancheney, venez, » ajouta-t-il d’une voix très posée.
Il entre quelqu’un et, à ce moment, je suis sûr d’avoir entendu une autre voix d’homme, dans la pièce voisine, qui disait tout bas :
« D’ailleurs, sa femme en est bouleversée. »
Sa femme… La femme de qui ?… Voyons ! je ne suis pas le seul malade que l’on soigne dans cette clinique ! N’exagérons pas !… et, cependant, il faut m’en assurer.
Je me hâte d’interjeter quelques mots :
« Docteur ! un moment, je vous prie ! Je voulais vous parler de Madeleine, ma femme…
— Tout va bien, Monsieur Duroy, et je vous promets qu’après un léger repos, vous serez autorisé, cet après-midi même, à recevoir une visite. Sitôt votre pansement fini, je vous donnerai une potion calmante, la seule que vous supportiez bien ; peut-être ferez-vous une sieste, je l’espère, et vous vous sentirez beaucoup plus calme, la tête moins douloureuse. Comme je ne manque jamais à ma parole, vous pouvez être certain d’en profiter pour causer ensuite librement.
— Merci, Mademoiselle Blancheney, tout semble prêt : aidez-moi. »
Je suis certain que tous les deux me cachent quelque chose. Madeleine est « bouleversée ». Encore une parole de médecin ! Si « bouleversée » qu’elle fût, rien, dans le temps, ne l’aurait éloignée de moi !