Pensez donc ! transporter d’Hyères à Paris un bonhomme à demi pendu, mal pendu, pendu de travers, cela ne se fait pas en un instant ! Je n’ai plus, du temps qui passe, une idée juste.

Mais me suis-je pendu ? D’ailleurs ne m’a-t-on pas sorti de mon lit pour me panser, ce matin ? J’ai le sentiment de m’être presque réveillé et que l’on m’a fait une piqûre…

Ce serait donc cette piqûre ou les précédentes qui m’engageaient à échafauder ce roman infâme où j’admettais la déchéance d’une femme adorée ?

J’entends le médecin et lui parlerai sans délai.

« Ah ! dit-il, que je vous plains, cher monsieur, et quelle secousse vous a donnée l’accident de cette nuit ! »

Il sait donc, celui que je nommais l’homme au nez pointu et que je détestais si fort, bien qu’il eût la figure d’un brave garçon ? D’autre part, s’il ne sait pas, de quoi me plaint-il ?

« Ce fut une nuit agitée comme bien d’autres. Nous nous efforçons d’être prudents avec vous, dans l’emploi des drogues qui devraient vous calmer : elles ne vous calment pas, ou si peu !

— Qu’est-il donc arrivé, docteur ?

— Ah ! la bonne voix que vous avez ce matin ! Elle me tranquillise… Ce qui vous est arrivé ? Vous avez sans doute fait un faux mouvement, au cours d’un de vos cauchemars, vous vous êtes soulevé dans votre lit que, d’ailleurs, nous avions dû éloigner du mur, pour mieux vous maintenir pendant votre délire, puis brusquement, ayant dépassé vos forces, vous êtes retombé contre la barre de cuivre où s’appuient vos oreillers. Le choc s’est produit à l’endroit précis de la nuque, endommagé par votre premier accident. Souffrez-vous beaucoup ?

— Ma tête entière me fait très mal, docteur.