Morte… mais elle est restée les yeux grands ouverts. L’ami qui a recueilli son dernier soupir a voulu me laisser son dernier regard, à moi qui l’aimais.

Je m’agenouille auprès d’elle.

« Madeleine, tu étais toute ma vie, le meilleur de mon âme, le parfum de ma pensée ! Ta chevelure semblait faite d’un reflet de soleil sur un beau vase d’or.

« Viens, Madeleine, mon épouse chérie : ne reste pas couchée dans notre chambre ! Des gens voudront s’approcher de toi, te coucher au fond d’un cercueil, le poser sur un corbillard, pour enfin t’emporter !

« Laisse-moi t’emporter moi-même, dans mes bras. Je te chercherai la plus belle sépulture, la plus douce à ton beau corps. Nous la choisirons ensemble… Le veux-tu, mon amour ? »

Et Madeleine, afin de me dire que son désir était le mien, ferma doucement ses yeux gris d’ardoise et m’offrit ses lèvres, entr’ouvertes par un souffle que je sus recueillir, un souffle embaumé de bonheur.


Alors je l’enlaçai, sûrement, avec vigueur, avec confiance, et nous partîmes, aspirés au dehors par le vent d’une ardente et tendre musique, dont les arpèges nous aidaient en notre envol, nous entraînaient suivant le rythme de l’air et nous ravissaient vers d’autres cieux.

J’avais pressenti sa secrète pensée : nous allions, tous deux, là-bas, vers sa Provence aimée. C’était là-bas qu’elle voulait sommeiller pour toujours.

Ah ! que ne pouvait-elle entendre ce que les beaux oiseaux chantaient, quand nous passions, ni respirer les fleurs aériennes qui lui présentaient leurs parfums, ni voir les magnifiques jeux de lumière dont le soleil, en son honneur, se plaisait à orner la nuée rose et grise qui nous soutenait ! Enfin, perçus de très haut, ce furent les flots de la mer, les vagues, les roches rouges, l’écume et les reflets de la Méditerranée, si chère à Madeleine, et nous fûmes posés, l’un et l’autre, dans un beau jardin que, l’un et l’autre, nous connaissions.