Où lui choisir, dans ce jardin, le lieu de son repos ? J’errais, la portant toujours et ne sachant me décider, quand j’aperçus, à quelques pas, trois hommes appuyés sur des bêches et qui me faisaient signe.

« Ici, me dirent-ils d’une même voix sereine, d’une voix de légende qui vivrait encore ; ici, Madeleine dormira son dernier sommeil en béatitude et en paix. Nous avons creusé nous-mêmes sa tombe non loin de son église, et la terre qui la couvrira lui sera légère comme un duvet : nous vous le promettons tous les trois. »

Chacun des trois vint baiser pieusement la main de Madeleine et chacun, ayant baisé la noble main, si fine, si longue, si belle en son geste immobilisé, offrit à Madeleine un présent.

Melchior lui offrit une médaille en électron qui portait à son avers le profil de Vénus et à son revers une branche de laurier.

Balthazar lui offrit une toile d’araignée en or, par où filtrait un peu de clair de lune.

Gaspard lui offrit un oiseau bleu d’azur qui se percha sur mon épaule et se mit à chanter pour Madeleine un chant que les mortes peuvent entendre et dont le son leur rappelle toujours la voix de l’homme qu’elles ont aimé…

Après quoi, les trois Mages me la prirent des bras et, doucement, comme ils eussent mis un enfant au berceau, la déposèrent dans sa tombe.

Puis les rois mages appelèrent, en notes claires, une brise qu’ils avaient conviée et la brise couvrit d’une poudre impalpable, en pollen de mimosas, le corps de ma bien-aimée, puis ne cessa de souffler de l’or que la fosse n’eût été comblée.

Alors la brise et les trois rois s’en furent, afin de me laisser pleurer.

XXVII