Je me réveille, paraît-il, les yeux pleins de larmes. Si Mlle Blancheney, ma garde, savait ce que je viens de rêver, elle s’en étonnerait moins. Elle revient quelques instants plus tard et m’annonce une visite.

On pourrait bien me laisser tranquille ! Mon rêve de cette nuit n’était que la transposition de l’angoisse qui me crevait le cœur.

Ah ! pleurer tout seul ! me souvenir d’elle et sentir, sans témoins, la torture que sa perte me vaut ! une torture qui ne fera qu’augmenter, s’amplifier, s’étendre… se creuser aussi ! J’avais perdu la mémoire ; elle me revient et chaque souvenir nouveau sera plus cruel que le précédent…

Tâchons de réagir. Je recevrai l’intrus s’il ne prolonge pas trop ses condoléances…

Pleurer tout seul !

« Faites entrer, Mademoiselle, mais dites d’abord que je souffre d’une forte migraine.

— Oui, Monsieur. »

La porte s’ouvre. J’entends une voix d’homme.

« Qu’il ait encore très mal à la tête, c’est tout naturel, Mademoiselle Blancheney. »

Le voici : un homme de haute taille, très corpulent, très solide. Il parle tout de suite :