— Si, un peu…
— Alors, dit-il, voici. Je suis un homme des routes, je marche droit devant moi. Je demeurerai quinze jours ici, mais après, je pars. Je vais aux mines, dans l'Ouest, là-bas, où l'on peut encore se battre!… Veux-tu venir avec moi? Tu verras du pays. Tu deviendras un homme. D'ailleurs, tu as déjà commencé ; mais, à ce travail de chemin de fer, tu finirais par t'abrutir. Ton idée?… Eh bien, tu la donneras ou tu la vendras à quelqu'un… Tu en es responsable… Tu m'entends? Il ne faut pas abandonner les projets… ils meurent.
Van Horst s'arrêta, et, tout à coup, sa figure s'obscurcit singulièrement. Puis il se détourna, et, d'une voix plus dure :
« On est responsable de tout, s'écria-t-il, de tout! de ses regards et de ses pensées durant le jour, de ses rêves durant la nuit, de toutes les paroles qu'on a dites et, par avance, de tout le sang qu'on versera. Viens! Je te montrerai comment on devient fort! Etre fort! c'est la plus grande des ivresses, la plus belle, car, pour cette ivresse-là, on ne vomit qu'au fond de la tombe! »
L'homme que, plus tard, je devais mieux connaître, je le voyais déjà, possédé par des violences contradictoires, par d'étranges méditations, et dans toute son animalité.
Il se tourna vers moi.
« Est-ce dit? »
J'eus la sensation du coup de dés qui détermine et lui répondis à voix basse :
« Je vous suivrai! »