Je restais assis au milieu de ma chambre.

Oh! qu'une convalescence paraît monotone! Je ne m'étais jamais senti assez malade pour apprécier le charme de ces heures où l'on reprend goût à vivre, mais j'en avais souffert tout l'ennui. Et puis, les causeries de van Horst me grisaient comme du vin. Elles me donnaient une folle envie de courir, de galoper, de grimper sur des roches, de tirer des coups de fusil. Cet homme animait chaque chose. Toute aventure était vivante dès qu'il en faisait le récit ; dès qu'il décrivait, tout paysage était beau.

Une après-midi, il vint s'asseoir près de moi. Il me parla de ces territoires du West, où nous devions aller, de ces montagnes où l'on est libre, de ces forêts où l'on est roi. Brusquement, il se tut. La tête dans les mains, il regardait le plancher. Il avait ainsi des moments de silence noir que l'on n'eût osé rompre ; moi, du moins.

Le soleil, entrant à grands rayons par la fenêtre, remplissait la pièce claire et nue de son poudroiement. On entendait, au dehors, des ouvriers qui chantaient en chœur. Il passait de la joie dans l'air. Possédé par de nouveaux rêves, je ne me souvenais plus d'avoir été malade.

Van Horst subissait-il aussi l'influence de la généreuse lumière qui vibrait autour de nous?… Son silence ne dura pas. Il leva le front et se remit à parler.

« Oui, nous irons là-bas! Le monde, c'est beau à voir. Depuis dix ans, je marche à travers le monde et, chaque jour, le monde est nouveau. »

Il y avait presque de la tendresse dans son accent :

« Je crois que tu seras un bon compagnon. Moi… moi… il me semble parfois que j'ai vu trop de choses laides. Les actions d'hommes, c'est laid… c'est toujours laid!… Mais les arbres! les vagues! les montagnes! »

Il prononçait ces mots avec un enthousiasme de poète et, s'échauffant peu à peu :

« Pense à mes courses en forêt! » s'écria-t-il.