Il me les raconta. — Il décrivit les fleuves lourds, les cieux qui tournent sur la tête du dormeur, les hasards de la belle étoile, les plaintes nocturnes des oiseaux, enfin, la terrible survenue des pluies qui noient la plaine. — Sa voix sourde et basse éclatait parfois. L'orgue, puis les cuivres. Il y avait là des sanglots, de la fièvre, de la colère, du désespoir et, souvent aussi, de la joie, une joie animale et saine gonflée par les brises. Et moi, je marchais sous le soleil dur, je souffrais de la faim et de la soif, je m'endormais à l'ombre d'un arbre gigantesque, je voyais le but apparaître sur l'horizon et le croyais aussitôt à portée de la main! Je vivais! je vivais! J'aurais voulu crier de plaisir!
La porte s'ouvrit. La servante de l'auberge entra, tenant un verre de whisky que van Horst avait demandé. Elle s'arrêta, stupéfaite, devant cet homme qui parcourait la pièce à grands pas, le sang aux joues.
J'étais appuyé contre la fenêtre. Van Horst parlait toujours, et la petite servante, immobile, la bouche ronde, les yeux bêtes… restait là.
Le vent apporta dans la chambre blanche quelques fleurs de l'arbre qui poussait au milieu de la cour. Les corolles répandues exhalèrent leur parfum. C'était comme une invitation à sortir, à marcher vers ces merveilles que décrivait van Horst. Les ouvriers chantaient toujours au dehors. Des machines grondaient, et jetaient de la vapeur, et sifflaient clair… Sur tout cela flottait une façon de joie chaude que je ne connaissais pas… l'émanation vivante et vibrante d'un beau jour.
De nouveau l'arbre aux fleurs blanches sema des corolles à mes pieds.
Tout le printemps!
Une chambre petite et propre. Les murs de bois. Les fenêtres grandes ouvertes. Le plancher semé de pétales. Le lit où je venais de souffrir. Un homme possédé par son rêve d'aventures et l'exprimant sur un mode âprement lyrique… Je garde dans mes yeux l'image de ces choses.
Mais la petite servante restait toujours immobile, la bouche ronde, ne comprenant pas.