Ah! mon gros Kid! quel lieu de la terre habites-tu, maintenant? toi dont le rôle, ici-bas, était de témoigner, par d'anciennes paroles, des crimes que tu voyais?


Oui, je vais tâcher de faire revivre, d'après mes vieux souvenirs, la personne de Vincent van Horst et le bar de la Fourche.

XII.

Dès la première semaine de notre arrivée, van Horst alla faire une tournée de prospection. Je restai seul. Oui, maintenant, j'étais embarqué pour de bon dans la « vie d'aventures ». Sans doute, n'avait-elle pas ce charme facile que promettent les livres, mais j'en appréciais fort la séduction : cet isolement, cette liberté.

Etre loin de tout! de tout entendez-vous! loin du bureau de poste, loin de la mer, loin des routes! sans journaux, sans police, sans église!… j'allais dire : sans Dieu! — Certains soirs, je sentais rôder autour de moi la froide peur, mais l'aube apportait, à mon réveil, une joie toujours renaissante : être libre!

C'est bien d'avoir trouvé du travail, me dit van Horst à son retour. Tu as raison, il ne faut pas vivre au crochet du voisin, et puis, il y a en toi l'étoffe d'un gaillard. Oui, mon petit!… et ne va pas me lâcher, sous prétexte que tu peux te débrouiller sans aide!… Ce serait mal!… Qui te dit que je n'aurai pas besoin de toi un jour?

— Aucun danger que je vous lâche!… Et votre voyage? En êtes-vous content?

— Heu!… la montagne n'a pas donné grand'chose! plus de boue que de paillettes. Pourtant, il y a une petite vallée où je retournerai… Je m'assurerai même les droits… On ne sait jamais!… Voyons! raconte un peu ce que tu fais ici! Donne-moi des nouvelles. Le gros Kid boit-il toujours? A quoi ressemble le mari de Jane Holly? S'il est aussi laid que sa femme, ça doit faire un joli couple! Et Maria? Parle-moi de la vieille Maria! »

Je renseignai van Horst de mon mieux.