— Oh!… Jérôme Smith?… Oh!…

Il parlait tout bas.

« Jérôme Smith… c'est bien ça… Je l'ai rencontré, dans le temps, loin d'ici. Sa fille devait avoir quinze ans… Quelle rencontre!… Oh! » murmura-t-il encore.

Puis, brusquement :

« Et ton travail? »

Je me plaignis un peu de passer des nuits blanches, lorsque par hasard, je regagnais ma couverture avant que tout le monde fût parti, car la cloison n'arrêtait guère les bruits d'à côté, les jurements et les chansons. Mais je commençais à m'habituer au vacarme. Dans ce bar de la Fourche, il fallait avoir le sommeil lourd.

— Et j'oublie!… Mosé s'est installé. Il est notre fournisseur, ici. Hier, il a vendu à la patronne trois tonneaux de porc salé et du whisky et du gin pour deux mois. Puis encore, ce bon Carletti : il nous amuse tous par ses chansons et ses grimaces. Vous le verrez, je pense, à la buvette.

— Oui… oui… reprit van Horst d'une voix traînante et subitement lasse. La petite Smith, elle s'appelle Annie, n'est-ce pas?

— Vous avez bonne mémoire. Elle s'appelle Annie.

— Il y a cinq ans… Quels beaux yeux noirs!… Et toi, Olivier, que fais-tu?