On venait de trouver dans le Yellow-Creek une nouvelle traînée de sable nettement aurifère. C'en était assez pour donner la fièvre à tout le monde. De gros rires, des cris résonnaient dans le saloon, on s'interpellait, et, de temps en temps, l'un des buveurs allait jusqu'au seuil, ouvrait la porte et regardait au dehors. Un brouillard lourd s'effilochait dans les ramures des grands arbres. On attendait qu'il fût dissipé pour se rendre au Yellow-Creek.

« Voilà, dit Caldaguès, vous autres, les chercheurs d'or, vous avez de ces chances! Ce n'est pas mon métier de bûcheron qui me procurera des surprises pareilles! »

Il regardait au fond de son verre de whisky et, riant bas :

« Non, dit-il, dans ce pays-ci la fortune n'est pas dans les forêts. Cette dame couche plus volontiers dans le lit des ruisseaux. »

Annie Smith entrait à ce moment.

« As-tu fini de boire, papa? dit-elle. Viens, nous allons marcher sous les arbres. Le brouillard se lève. »

Le vieux Smith sortit.

— Heureusement, reprit Caldaguès, il n'y a pas que l'or des ruisseaux qui soit doux à regarder.

— L'or est l'instrument de la damnation! dit le gros Kid.

— Pourquoi donc le joues-tu aux cartes? demanda van Horst.