Van Horst marchait en avant, rapidement, se parlant à lui-même, la tête basse.
« Non, elle ne le trouvera pas!… Elle aura pensé à chercher du côté de la clairière… Il faudra que nous l'enterrions vite… Ah! il nous manque une bêche… C'est trop tard, maintenant… on perdrait du temps… Tout de même, il a joué franc… Viens, Olivier, ne traîne pas! »
Nous étions dans la partie la plus épaisse du bois. On entendait le gibier voler, chanter, grogner, galoper alentour.
« On pourrait le jeter dans le Yellow-Creek, en le lestant de pierres… Non, il n'était pas une canaille… il faudra l'enterrer. »
Nous marchions de plus en plus rapidement, entourés par le bruissement continuel de la forêt. Mais, bientôt, une odeur abominable me prit la gorge, un intense relent de pourriture. Je me souvins qu'Annie Smith avait parlé de deux charognes au pied d'un arbre. Un vautour se leva lourdement d'une branche au-dessus de ma tête, et alla se poser plus loin.
« C'est ici, » dit van Horst.
Il me jeta un regard bref, un regard pitoyable, puis il écarta les broussailles et je vis le cadavre de Caldaguès. Je m'agenouillai tout auprès. Il avait été frappé en plein cœur. Van Horst restait debout devant moi, et maintenant, les lèvres serrées, les yeux froids, regardait Caldaguès.
« J'étais là-bas, me dit-il d'un air assez sec. Tu vois, à côté de ce grand arbre fourchu. Nous avons tiré presque ensemble. Il m'a attrapé dans le bras. J'ai lâché le coup, et il est tombé sans dire un mot. »
Ce cadavre vêtu de toile grise gardait un bel air reposé. Sur la bouche, il y avait comme le sillage d'un sourire. Oui, mon ami Caldaguès était bien entré dans la grande paix. Une façon de joie tranquille… un éternel renoncement… Caldaguès dormait, les yeux ouverts.
Je regardai van Horst à la dérobée. Il y avait sur sa face une expression de haine abominable.