Bichon, que Lanthelme protège, est une grasse et forte fille, normande par la naissance, hollandaise par l’aspect. Belle de cette abondante beauté rousse qui séduit le soldat des promenades publiques, je la crois dépourvue d’esprit. Elle est bonne comme on s’imagine que doit être une vache laitière. D’ailleurs elle a, dans les yeux, cette inimitable expression de la vache qui regarde passer un train. Son goût pour l’opium semble paradoxal, mais elle fume bien, d’une seule haleine et dirige sans aide la cuisson de sa boulette.
Poussière se décrit autrement. Elle est mince comme un roseau. Elle a la voix persuasive d’une flûte de roseau. Lorsque Zanko la gronde, elle plie comme un roseau. Pour compléter l’analogie, je lui ai appris la fable du Chêne et du Roseau. Elle la récite avec l’accent persuadé d’une petite écolière, mais jamais elle ne se souvient de la fin.
Poussière a plusieurs défauts. Elle perd tout ce qu’on lui donne. L’ordre n’a pour elle que peu d’attraits. Elle salit le fourneau de mes pipes. Elle veut toujours se mettre nue: ses vêtements lui pèsent. Elle a, je ne sais pourquoi, pris l’habitude de murmurer à chaque instant, avec le plus doux sourire, d’abominables, de hideux jurons, érotiques et populaciers.
Elle a vingt ans.
Mardi, 19 février.
Sans doute vous parlerai-je beaucoup de Clotilde, dans ce journal; je ne vous donnerai donc, aujourd’hui, qu’une légère esquisse de cette jeune personne.
J’aime Clotilde dans ses particularités. Elles sont nombreuses. Clotilde ne ressemble ni à Jeanne, ni à Lucienne, ni à Zéphyrine.
Clotilde est bien Clotilde.
Clotilde n’a jamais que des sentiments pleins de mesure. Si elle m’aime, c’est avec sagesse, comme on aime la tisane. Je ne pense pas qu’elle me trompe, ou, si elle le fait, je ne puis l’en blâmer, car ses amants doivent la séduire, chaque fois, par une dissertation concluante.