Jamais Clotilde ne rêve. Je l’ai menée sur les bords de lacs merveilleux où le songe s’évapore de chaque fleur, où des souvenirs d’amour, et des plaintes, et des sanglots, errent en gémissant comme les Ombres dans le onzième chant de l’Odyssée... mais, en ces lieux, Clotilde n’a point connu la mélancolie.
Clotilde digère bien. Clotilde est brune. Clotilde a du bon sens, non pas le bon sens lourd et large d’une paysanne, mais le bon sens étriqué de la petite bourgeoise. Jamais je ne gronde Clotilde, car elle a toujours raison. Même en ses pires fantaisies, Clotilde a toujours raison.—Retenez cela.—Souvent il me prend des envies de la cravacher.
Clotilde sourit rarement, bien qu’elle fasse parfois le geste de sourire.—Je l’adore,—mais, bientôt, j’étudierai des poisons rapides et secrets...
Enfin... enfin... Clotilde est belle! oh! belle à me damner!... bien qu’elle louche de l’œil gauche, à certains moments.
Voilà, cher lecteur! les présentations sont faites!
«Mais, répondrez-vous, pourquoi choisir votre compagnie quotidienne avec si peu de discernement? Quoi! si l’on excepte Ted Williams, cette congrégation n’est-elle pas singulière? Un homme extravagant, un autre homme dont la moralité semble douteuse! deux femmes faciles, une troisième intolérable!...»
Détrompez-vous! Mes amis sont fort bien choisis, car l’opium me les amena. Mieux qu’un sage réputé, le subtil opium distingue ce qui convient à ses clients et, s’il m’imposa Clotilde, je pense que c’est en expiation de quelque crime mal défini, que je commis jadis, dans une vie antérieure.
Ainsi, tout est bien.—Fumons.—J’ai de la nouvelle drogue. Le Chinois de la rue Lepelletier assure qu’elle est excellente.—Fumons.—Ce sera toujours quelques heures d’oubli.
Lundi, 18 février.
Et puisque, depuis hier, vous connaissez mes amis, entrez chez moi.—J’ai vu beaucoup de fumeries, mais, à plus d’un fumeur, je pourrais citer la mienne en exemple.—Ma fumerie est sincère.