Vers l’époque où j’étais déjà à la recherche de cette paix de l’âme qu’un bourgeois trouve dans son lit, je rencontrai Lanthelme à son retour d’Indo-Chine. Il avait meilleure tenue. Depuis lors, je l’ai vu descendre, pas à pas, jusqu’à sa couche actuelle, cette couche si basse où il s’est allongé sans remords. De l’Orient, il n’a aimé que la litière puante, les sucreries, la cantharide. Il semble toujours sortir d’un bouge chinois... oui... mais... écoutez-le rêver...

Lanthelme est le seul d’entre nous qui rêve ainsi que l’on rêve dans les livres. Il le fait pour son plaisir. Tout lui est sujet à divagations.—La Drogue n’est point créatrice de merveilles, mais elle éclaire et précise volontiers les détours d’une âme fantasque. Celle de Lanthelme, si inquiète et si délicieusement avilie, se donne en spectacle à tout instant.

Souvent, il nous dit les songes qui l’environnent, et les grands arbres de la forêt d’Ankor, évoqués tout frémissants de brise en ses discours, parlent de trépas ou d’agonie, comme parlent d’hyménée les cyprès de Théocrite.

Ce fut Zanko qui me présenta son ami Lanthelme dans un bar américain.—Quelle drôle d’association ils forment, tous deux! Ils sont amis intimes! Rentré à Paris, Zanko ne quitte plus Lanthelme. Il le traîne à sa suite, dans les mille courses qui l’occupent, chaque jour. On les voit dans les mêmes bars. Ils s’enivrent de concert. Le même tripot les reçoit, l’un avantageux et poitrinant, l’autre plus indécis qu’un acteur à ses débuts, mais souriant toujours avec une bouche mouillée.

Comment ce malandrin nomade peut-il être l’ami de ce pauvre individu?

Ils sont deux figures du vice, diraient les gens vertueux: le vice honteux que la peur étrangle; le vice armé qui se défend et mord.

Peut-être.

En tous cas, ils sont ainsi, ayant chacun trente cinq ans d’âge.

Dimanche, 17 février.

Je vous ai présenté mes amis, parlons un peu de leurs muses.