Clotilde et mon ami se plurent.—Il s’ensuivit une oarystis de dix-huit mois.—Mon ami n’avait pas changé depuis le lycée. Il était toujours maigre, doux et blond. Fier de sa maîtresse, il tint à me présenter. Mal lui en prit. Je ne sais trop si Clotilde me séduisit et que je le laissai voir, ou si je la charmai et qu’elle me le laissa entendre, toujours est-il que la passion l’emporta sur les souvenirs de classe et que j’enlevai à mon ami l’objet de mes désirs.

Depuis ce temps, déjà lointain, Clotilde (et c’est à faire croire aux sanctions morales) m’inflige mille tortures. Je suis lié à sa chair dévêtue par d’innombrables et très précieux souvenirs qui me composent un trésor de voluptés, mais notre amour est un duel sans fin, une lutte de chaque seconde, un mutuel égorgement. Elle me trouve insupportable. Je la tiens pour exaspérante. Nous nous embrassons comme l’on se mord et, quand j’ai reçu ce que j’attends d’elle, il me vient d’irrésistibles et soudaines envies de me jeter aux égouts.

Je pense qu’un jour ma tête finira par éclater, tant Clotilde ressemble à une névralgie.

Oui! Clotilde, avec l’étonnante application qu’elle met à me supplicier, est la figure humaine de la névralgie.

Clotilde est une névralgie continue.

Samedi, 2 Mars.

Puisque, ce soir, l’heure est amère, je rappellerai ton souvenir, Férida, dans un paysage qui m’enchanta, jadis.

C’était vers l’heure où Vénus décline que tu voulus, inspirée par on ne sait quel mouvement de ton esprit, bondir d’un pied souple sur le gazon de l’oasis et t’arrêter parfois, la tête dans le pli de ton bras, comme si je t’avais battue, pour murmurer, à la façon d’une fontaine, de petits riens.

Dans ce lieu, où tu dessinais une danse, des ombres se traînaient, effrayantes, lourdes, humides, et que les fleurs avaient macérées de parfums. A ces ombres se mêlait le fuseau d’ombre qui doublait ton corps, fuseau rapide, passager, tournoyant, et, parce que des plantes piquantes et perfides se cachent dans l’herbe douce, je craignais que ne fût blessée ta délicate chair.

Plus tard, tu dansas sur la petite arène que je connais bien et qu’entourent des figuiers retordus. Sous l’argent vanné par la lune, tu dansas encore avec ton voile bleu, et, à la minute où, vers le ciel, tu lanças ce voile qui ressemblait vraiment à une fumée, un très étrange oiseau se mit à glapir sur l’arbre, au tronc duquel je m’appuyais.