Mais le voici qui se lève... Il court jusqu’à un buisson proche et tire d’une cachette un bol de faïence bleue dans lequel une paille trempe.—Le bol est plein d’eau savonneuse et le petit berger blond souffle des bulles que la brise balance et porte vers la mer.
Il souffle des bulles et suit, de ses yeux qui ont une tendance à rêver, leur course folle.—Les bulles crèvent au-dessus des flots.—Le petit berger danse mollement sur la plage. Dans un arbre rond, j’entends un rossignol qui chante... et tout cela est bien gentil!...
... Bien gentil... oui... mais, à cet instant, Clotilde se mit à rire... à rire d’un terrible rire gras, parce que Zanko lui racontait une histoire scatologique... et le charme fut rompu.
Dimanche, 10 mars.
Tout le monde était triste, ce soir. Chacun s’en plaignait à sa façon. Bichon bâillait. Poussière gémissait. Lanthelme, la bouche pâteuse, murmurait de sinistres choses. Zanko se promenait comme un ours en cage et, de temps à autre, insultait avec brutalité le ciel et ses habitants. Williams avait le front ridé d’un homme inquiet: son petit cousin Cheftel vient de partir pour le Tchad, (un coup de tête)... et Clotilde boudait depuis douze heures, sans arrêt.
«Consolez-nous, me dit Poussière d’une petite voix mince. Dites-nous comment on fait pour ne plus être triste, vous qui êtes triste si souvent.
—La tâche est difficile, répondis-je, mais j’ai, tout de même, trouvé ce que l’on appelait jadis un petit soulas. Il est de vertu singulière. Je vous le vends pour une bonne parole. Ne la choisissez pas. N’importe laquelle fera l’affaire. Un pauvre ne chicane guère sur les aumônes. Il empoche. Et, si l’aumône est démesurée, il s’éloigne au plus vite ou se fait petit, par crainte d’un repentir.
—Une bonne parole?... je ne saurai peut-être pas, mais je puis vous donner un baiser. Cela fait-il votre affaire? Tu permets, Clotilde?... Tu permets, Luca?...»
Clotilde et Zanko autorisèrent le baiser.
«Et, maintenant, dit Poussière en souriant, quel est votre moyen de ne plus être triste?