Voyez! les fleurs embaument sans qu’on soit tenu de les remercier et c’est gratuitement que les paons sont bleus, la mer violette et les rossignols musiciens! Imitez-les! Finissez bien vos actions.
Les bienfaits sont des couronnes que l’on jette dans la mer en sachant que le flux les emportera.—N’essayez pas de les repêcher; ne repêchez rien! Si le bonheur à venir est de savoir entreprendre, le bonheur d’aujourd’hui est d’avoir su conclure.
Jeudi, 14 mars.
Vous ai-je dit combien j’aime le cirque?... Voulant occuper ma soirée, c’est là que je me suis rendu et j’en reviens, à l’instant, l’imagination peuplée de pirouettes.
J’ai revu avec plaisir mon ami Altano. Ce clown est un artiste de race. Il sait voir, il sait entendre, il sait inventer, et puis, vraiment, il parle de culbutes et de rétablissements, il discourt de voltiges, comme un violoniste parlerait de traits et de gammes. Sa conversation m’éclaire la cervelle quand les brumes de mon spleen s’y sont établies. Altano est un bon compagnon.
Je le connais depuis longtemps. Il a, maintenant, une façon de célébrité dans le monde spécial des acrobates et des pierrots, mais, la première fois que je le vis, il était encore un seigneur de peu d’importance et gagnait son pain malaisément.
C’était en Algérie, à Biskra. Un cirque venait de s’y établir, pour quelques jours, un pauvre cirque de foire dont la tente rapiécée, les chevaux étiques, la troupe de rencontre étaient autant d’images de la misère. Sale, avec ses quinquets puants, ce n’en était pas moins un cirque, et toutes les Anglaises, maigres par raison de célibat ou de tuberculose, et leurs pères, et leurs sœurs, et leurs fiancés fréquentaient ce lieu de plaisir.—Moi, je n’y étais point encore allé, mais on m’avait parlé avec éloge du pitre de cette troupe foraine.
Or, par hasard, je le rencontrai, aux petites heures du matin, dans une clairière de l’oasis où se plaisait la lune.
Il marchait (pour se divertir, je pense) sur les mains, devant un public de palmiers. Il avait gardé son costume de banquiste et agitait ses pieds, comme s’ils étaient chaussés d’ailes, vers Altaïr, Bellatrix et la Chèvre.
Ayant repris sa position d’honnête homme, après quelques gambades et trois sauts périlleux, il me fit un grand salut de cour et dit: