Je suis couché, je cherche le sommeil, l’oreille pleine du fracas d’un music-hall ou des tracasseries de ma Clotilde... Le sommeil ne vient pas.—On étouffe dans cette ouate noire qu’est l’atmosphère d’une chambre aux lampes mortes, aux volets clos.—Soudain, la porte s’entr’ouvre sans bruit... (Nul autre que moi ne l’entendit s’ouvrir, n’aurait pu entendre ou deviner qu’elle s’ouvrait...) et le mauvais compagnon se glisse dans la boîte d’ombre où je suis empaqueté.
Le voilà qui danse, visible par les yeux de l’esprit, qui danse pour me séduire et, peu à peu, parce que les fées de tous les temps ont toujours séduit les pauvres humains, je permets à cette Salomé nouvelle de me plaire... je viens presque à la désirer... et je lui ouvre ma couche. Mais, à ce même instant, devant mes yeux que je ne pourrai plus fermer, une tête de Précurseur, que me tend le bras du nègre bourreau, saigne lentement.
C’est le début de la fête.
Tout contre moi, je sens le corps tiède, reptilien du spleen qui me caresse la peau (et cela est à la fois exquis et intolérable), tandis que, dans l’ombre d’alentour, naissent des visions multiformes et multicolores... fantômes nus que j’aimai jadis, fleurs qui saignent lourdement, éclairs violets, roues de couleur, éventails pourpres qui battent, puits noirs que du noir entoure, sourires que nulle face ne porte et (apparences plus terribles) images de moi-même aux instants où j’étais heureux!
Notez bien que ce n’est pas le cauchemar. Ces visions, on se plaît à les avoir; elles nous occupent comme un spectacle. Tandis que les horreurs du cauchemar sont gratuites, on sent que l’on a payé pour gagner celles du spleen, et le prix fut vos actions de la veille.
Le spleen vous rend en mauvais songes les mauvais gestes qu’on a faits.
Mercredi, 20 mars.
Je m’ennuie tant et Clotilde se montre si perversement insupportable, que je viens d’inventer un nouveau jeu pour me distraire. Je vais imaginer des façons diverses de tuer Clotilde. Cela m’amusera quelque temps.
Des façons diverses de tuer Clotilde...
Ah!... en voici une!