On entend tous les bruits de la rue avec une précision vraiment étrange... Le camion qui vient de passer, semblait avoir roulé dans la chambre.

«Versez-moi du thé, Poussière, dit Williams.

—On est bien sur les nattes, murmure Zanko, et cet opium est exquis...

—Hier, dit Williams, j’ai vu un arbre merveilleux; il se plaçait dans le paysage avec une surprenante habileté. Cela faisait tableau. Il était gris de poussière, et il y avait, à son pied, un caillou qui paraissait tout bleu.

—J’ai les cheveux trop secs, depuis quelques jours, dit Clotilde, c’est ennuyeux, il faudra que je mette une lotion.»

Voilà trois heures que dure cette conversation lente et coupée. Les causeries des soirs d’opium essaiment parfois autour d’une idée, d’un sentiment, d’une émotion; parfois encore, elles se divisent en petites phrases, comme aujourd’hui, et le temps passe, doucement.

«Quinze et quarante font cinquante-cinq, et trois font cinquante-huit, et neuf font soixante-sept, et vingt-et-un font quatre-vingt-huit...»

Lanthelme recommence.

Mardi, 16 avril.

Nous sommes venus passer trois jours à la campagne. Clotilde est gaie. Elle rit tout le long du jour. Vraiment, je la préférais morose. Ce corps de nymphe a l’âme d’un grelot.