Bientôt, l'homme, reprenant sa charge, s'en fut sous-bois cacher le trésor.
Alors le contemplateur de l'étoile jeta au ciel un regard de défi.
Il resta seul, quelque temps. L'aurore montait, s'étendait, baignait la terre, exaltait les oiseaux, réveillait le feuillage et distillait le bel espoir dans plus d'un cœur humain, mais l'étoile avait pâli, avait disparu, et le veilleur gardait maintenant un visage sombre que ces joies matinales n'éclairaient point.
Voici que de nouveaux pas se rapprochaient. Une femme parut qui portait une tunique paysanne de toile claire et dont les bras étaient nus. Agitée d'une angoisse profonde, elle serrait parfois ses mains contre sa poitrine, comme pour réprimer un cœur en désarroi, et parfois elle cachait brusquement son visage aux paupières gonflées de larmes.
Tout contre elle, la tenant de près, ne la lâchant pas, une petite enfant s'agrippait aux plis de sa jupe, mais la femme n'y faisait nulle attention : elle souffrait trop pour sortir de sa peine ; seule, elle souffrirait moins, lui semblait-il, aussi, d'un geste aveugle, écartait-elle l'enfant qui avait grand peur, qui se blottissait désespérément dans la jupe de toile et, pour qu'on ne l'abandonnât point, levait les yeux en un regard de supplication effarée. — Cependant, la femme était ailleurs, très loin de l'enfant. Elle marchait de-ci de-là, s'arrêtait, revenait sur ses pas… Elle ne pouvait rester immobile ni continuer sa route ; elle s'agitait en vain ; elle était liée en ce lieu par les chaînes de l'attente.
L'enfant suivait avec peine, l'enfant tremblait parce qu'elle craignait quelque chose d'horrible, elle ne savait quoi, et parce que la brise d'aurore était bien froide.
Il regardait cela ; il appréciait ces douleurs ; il en ressentait un agrément ineffable. Son beau visage eut encore un sourire de haute satisfaction, car il la savait affreuse, la tempête qui bouleversait l'âme de cette femme, et très cruelle, l'épouvante qui soufflait sur cette enfant ; il goûtait la douceur de cela.
Ni la femme, ni l'enfant ne s'étaient aperçues de sa présence, quoiqu'elles fussent à ses côtés. Alors il voulut contempler mieux l'effroi de la plus faible, tout au fond des tendres yeux implorants, et il prit entre ses mains le petit visage et l'attira, tandis que la femme tournait la tête de droite et de gauche, toujours anxieuse, aux aguets, suppliciée par ce même horrible souci d'attendre. Mais, aussitôt, l'enfant se sentit touchée, se sentit regardée, devint très rouge, puis très pâle, et se mit à claquer des dents. Elle ne tremblait plus, manquant de force pour trembler ; elle mourait seulement un peu. — Lui avait vu ce qu'il voulait voir : il se rassit sur l'arbre mort et la femme releva d'une secousse l'enfant tombée.
Instants agréables, pleins de saveur… Qu'importait que l'aurore eût éclaté en rais lumineux, envahissant le ciel, repoussant les nuées, attiédissant l'air comme un brasier! que la terre fumât de plaisir, que les fleurs fussent plus fraîches, l'herbe plus vernie, la voix de l'oiseau plus inspirée! il préférait regarder auprès de lui une souffrance humaine si profonde, si torturante, chez cette femme, chez cette enfant. Les larmes, les cris le ravissaient, plus encore les larmes étouffées, les cris retenus, d'où naîtront la rancune, la vengeance, le crime… Il est doux de voir souffrir ainsi, car le maître ne saurait passer longtemps pour un bon maître, de qui les sujets souffrent à ce point. Il lui revint le souvenir de l'étoile et l'inquiétude qu'il en avait ressentie, mais il haussa bientôt les épaules…