Il l'atteignit enfin et s'aperçut qu'en ce lieu deux hommes l'avaient précédé, deux hommes vêtus richement qui se tenaient sous l'arbre vert et parlaient à voix basse. Ils ne le virent point ; il écouta leurs discours, rôdant autour d'eux, les dévisageant de près, pour que ni regard oblique, ni reprise d'haleine, ni pincement des lèvres ne lui échappât.


« Je contemplais la chose du haut des murailles de la ville, disait l'un. Le feu avait enfin paru, après tant de jours où l'on se désespérait de le savoir là et d'être sans forces pour lui résister ou le combattre. Subitement, il fit l'assaut de la colline à la façon d'une énorme bête, mais il ne montait pas droit, il montait en tournant, il s'élevait à chaque tour. C'était plus terrible encore, parce que cela avait l'air concerté. Et puis, quand les flammes eurent atteint le lieu où nous sommes, alors, (oui, je l'ai vu!) elles furent soudain couchées en dehors : on eût dit que l'arbre les soufflait. L'arbre restait seul au milieu de cette fleur géante qui frémissait, l'arbre sortait du milieu de la corolle de feu, vert comme il est aujourd'hui, et les flammes d'alentour étaient possédées de fureur, parce qu'elles voulaient cet arbre-là!… »

Celui qui écoutait hocha la tête, comme pour acquiescer.

« Mais, poursuivit l'homme, elles n'arrivaient pas même à le toucher ; elles l'éclairaient seulement. Celui-là se moquait des flammes quand ceux d'alentour brûlaient plus vite qu'un brandon… Mes beaux arbres! mes bons arbres! J'en tirais de si grands bénéfices! Tant de maisons, tant d'étables, tant de hangars où mettre le blé qui sont de la cendre maintenant!

— Cela faisait beaucoup d'or, dit l'autre, en manière de condoléance amicale.

— Beaucoup d'or, à coup sûr! beaucoup d'or! »

Et, revenant au problème non résolu :

« Pourquoi, demanda-t-il, ce seul arbre-là? »

Ils réfléchirent d'un air accablé, mais ne trouvèrent rien qui valût d'être dit. Cependant il leur fallait parler encore.