De la poussière sur le carré de terre battue, de la poussière encore un peu mobile, quelques vastes ossements gris, un bec vermillon et le cadavre tout maigre, tout brisé, tout petit, d'un vieillard balayé du mur. — Le vent était tombé, des plumes erraient en l'air…
A travers la palmeraie, ils fuyaient, les yeux hagards, faisant des gestes fous, mais ils ne s'éloignaient pas les uns des autres, petit groupe farouche et muet. Recrus de fatigue, vers le milieu du jour, ils ralentirent leur course, ils s'arrêtèrent en un lieu verdoyant et moussu, égayé par un filet d'eau qui sourdait à leurs pieds. Ils avaient grand soif. Ils s'accroupirent auprès de cette onde joyeuse, ils y trempèrent leurs bras, ils épuisèrent la coupe de leurs mains jointes, enfin ils se couchèrent à terre, n'en pouvant plus. Au-dessus d'eux, les palmiers faisaient un bruissement doux, des oiseaux pépiaient, gazouillaient ; plus près, la source perpétuait son chant, mais ils n'entendaient rien de tout cela, les oreilles encore pleines de l'assourdissante clameur, et ils ne prêtaient nulle attention aux parfums qui circulaient sous les verdures, aux jeux de la lumière… Ils ne bougeaient pas. Le soleil d'hiver chauffait leurs corps étendus.
Etait-ce bien les mêmes qui rôdaient tout à l'heure dans la palmeraie, d'un air si arrogant, d'un pas si dégagé, l'injure à la bouche ou le sourire aux lèvres? — A les voir, maintenant, on dirait de pauvres gens cherchant fortune.
Ils prononcent encore à voix très basse quelques paroles qui restent sans réponse, qu'ils ne pouvaient taire :
« Nous n'avons pas trouvé celui que nous cherchions.
— Pourquoi cette inquiétude que nous ressentons tous et dont le père même est touché?
— Depuis la naissance d'une étoile insolite et le tumulte qui s'ensuivit sur les bords du fleuve de lait, notre cœur battit suivant un nouveau rythme, douloureux à la poitrine, notre esprit fut incertain.
— Nous sommes devenus la proie de nos mauvais songes et nous ne savons les expliquer.
— Nous ne jouissons plus des chants mélodieux ; les senteurs des fleurs, les teintes du ciel, l'ombre des bois, nous laissent indifférents… Que se passe-t-il dans les profondeurs de nous-mêmes?
— Nous avons peur de nous regarder en face… »