Ils ont passé, ceux-là qui chantaient. La route reste toute vide, la route est toute bleue.

Et ceux-là qui ne chantaient pas, qui ne ressentaient nul besoin de chanter et que les chants n'avaient point émus, se parlèrent encore à mi-voix.

« Pourquoi, dit celle que l'on eût bien nommée la Sagesse, levaient-ils les yeux vers un azur d'aspect familier, sans jamais chercher leur chemin? Comment se dirigeaient-ils sur les routes assombries?

— Ils marchaient peut-être au hasard, dit le garçon batailleur.

— Si sûrement?… Et pourquoi, ajouta-t-elle, ont-ils trébuché devant cette borne, là-bas?

— Un caillou, sans doute, proposa le danseur narquois.

— Et pour quelle raison les uns bronchaient-ils beaucoup, les autres à peine?

— Le grand nègre qui chantait d'une voix si grossière marchait pieds nus : le pied nu est prudent.

— Oh! s'écria soudain celui dont le visage splendide rayonnait, écoutez bien! je crois entendre un écho des prés d'Arcadie! »