« Réveillez-vous, mes frères les chiens endormis!

« Inspire-toi de son éclat, mon frère chéri le rossignol! »

Il se tut soudain. On marchait sur la route. Il eut peur. Trois hommes qui paraissaient nobles et puissants passèrent devant lui. Des rois, assurément, à en juger par leur prestance, mais peut-être de bons rois, car ils chantaient comme chantent les enfants.

Le faible d'esprit se souvint alors de ses compagnons dormants et rentra dans la grange.

« Réveillez-vous! leur dit-il. Réveillez-vous! Une étoile glisse au bord du ciel et nous bénit de ses rayons, une étoile toute neuve, la plus belle des étoiles!… Réveillez-vous pour l'adorer! Elle s'éloigne dans la nuit. Réveillez-vous avant qu'il soit trop tard. Ouvrez les yeux pour l'accueillir et lui prêter hommage! »


Il y eut, parmi les dormeurs, comme un remous : chacun tâchait de se dresser, de sortir, mais ils n'osèrent dépasser le rayon d'argent. Ils tremblaient sans savoir pourquoi, enfin ils s'échappèrent et bientôt la grange fut vide. Les pauvres gens étaient groupés au dehors. — L'étoile les éclairait.

« Voyez! dit le faible d'esprit.

— Oh! s'écria la femme souffrante, ma fatigue a disparu. Cette clarté m'aide à porter mon fardeau.

— J'entends, dit le vieillard sourd, la plus céleste mélodie… L'étoile rayonne et chante à la fois ; elle chante pour moi qui suis sourd, car je perçois son chant!