Elle accourut.

« Oui, dit Sarah d'une voie émue, c'est une grande merveille! »

Les enfants se taisaient.

« Maître! dit Zacharie, nous avions planté un lys au fond du potager, mais il ne poussait pas, depuis trois ans, alors nous nous sentions tristes, car on nous disait que ses fleurs devaient être très belles, et nous pensions que des vers avaient mangé l'oignon, or voici que, cette nuit, notre lys a fleuri. Voyez! »

Il se baissa derrière des verdures et cueillit respectueusement un lys admirable, svelte de hampe, neigeux de teinte, délicieux par son parfum.

« Prenez-le, Maître! en mémoire de ma maison et des miens.

— Je le prends, Zacharie, je vous remercie, et à tous, je vous dis adieu… Adieu! n'oubliez pas le passage du messager! »


Soudain, comme un cygne ouvre ses ailes, l'hôte de Zacharie parut ouvrir les siennes. Et l'on vit son éblouissant manteau se séparer, s'ouvrir, devenir deux amples ailes vivantes qui, lentement, se mirent à battre, et il s'éleva de terre devant le laboureur, sa femme, ses enfants qui, tous, lui tendaient les bras, et il s'envola, très blanc contre le ciel bleu du matin, les yeux au loin, les lèvres souriantes, tenant le grand lys blanc dans sa main.

CHAPITRE II
LE BESTIAIRE